2025-07-27
Cette percée scientifique pourrait bouleverser la disponibilité des traitements anticancéreux les plus prescrits, en s’appuyant sur des micro-organismes pour contourner les méthodes industrielles traditionnelles.
Longtemps considéré comme une prouesse thérapeutique rare et précieuse, le Taxol a vu sa production limitée par des obstacles biologiques et environnementaux difficiles à contourner. Extraire ce composé anticancéreux d’origine végétale sans épuiser les ressources naturelles relevait d’un véritable casse-tête, auquel la science tente de répondre depuis plusieurs décennies. Une nouvelle avancée dans la production du Taxol, fondée sur l’utilisation de levures génétiquement modifiées, marque un tournant décisif qui pourrait bien changer l’échelle et l’impact de ce traitement à l’échelle mondiale.
Isolé dans les années 1970 à partir de l’écorce de l’if du Pacifique, le Taxol a transformé la lutte contre plusieurs cancers. Il est utilisé pour traiter les formes touchant le sein, l’ovaire ou encore le poumon. Sa puissance thérapeutique a fait grimper la demande mondiale de manière continue. Pourtant, les méthodes de production n’ont pas suivi ce rythme. L’extraction à partir de plantes reste limitée, sous peine de nuire à leur survie. De plus, la fabrication chimique est longue, coûteuse et peu respectueuse de l’environnement. Face à ce dilemme, les chercheurs ont travaillé sans relâche pendant plus de trente ans.
Le défi tenait à la complexité de la molécule et à l’opacité de sa biosynthèse naturelle. Chaque étape nécessite des enzymes spécifiques, dont certaines étaient restées inconnues jusqu’à récemment. L’équipe dirigée par Feiyan Liang à l’Université de Copenhague a levé le voile sur les deux dernières enzymes nécessaires à la transformation complète de la molécule intermédiaire baccatine III en Taxol. Cette étape-clé, relatée dans la revue Nature Synthesis, offre pour la première fois une compréhension complète du processus.

Ce décryptage du cycle biosynthétique n’est pas resté théorique. Les chercheurs ont réussi à transférer les gènes responsables de la fabrication du Taxol dans des cellules de levures, leur permettant de produire le médicament de façon autonome. Ce saut technologique transforme ces micro-organismes en véritables usines vivantes capables de générer des composés pharmaceutiques complexes. À la différence des procédés actuels, qui nécessitent des réactions chimiques successives et des solvants industriels, cette méthode limite les résidus toxiques et réduit drastiquement la consommation de ressources.
Cette avancée pourrait diviser les coûts de production par deux, tout en mettant fin à la dépendance aux arbres rares comme les ifs, aujourd’hui surexploités. Les chercheurs prévoient même de créer une entreprise spécialisée pour industrialiser cette bioproduction. Le brevet déjà déposé marque une volonté claire de passer rapidement à la phase de mise en œuvre concrète. Ce nouveau modèle de fabrication ouvre la voie à une industrie pharmaceutique plus durable, moins soumise aux tensions logistiques globales.
Le prix du Taxol reste très élevé. Il dépasse souvent les 20 000 dollars le kilo, ce qui limite son accès. De nombreux pays à faibles ressources peinent à se le procurer, alors que les cancers concernés y progressent. Une production biologique, moins coûteuse et plus simple à industrialiser, pourrait donc changer cette situation. Le Taxol deviendrait alors plus abordable, mais aussi plus facile à produire localement, même dans les régions les moins favorisées.
Cette avancée dépasse le cadre scientifique. Elle ouvre une voie sociale forte, en allégeant les chaînes de fabrication et de transport. Elle permettrait de réduire l’empreinte écologique, tout en améliorant l’accès à ce traitement vital. Le Taxol pourrait ainsi devenir une option de soin globale, non plus réservée aux pays riches. Ce changement amorce une transition majeure, portée par une nouvelle façon de produire, et non par une nouvelle molécule.
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