2025-06-07
Une découverte inédite ouvre la voie à une médecine du cancer plus douce, sans chimiothérapie ni rayons. Une équipe coréenne a réussi à reprogrammer des cellules cancéreuses pour qu’elles redeviennent normales.
Et si on pouvait éteindre le cancer comme on éteint une lumière ? C’est l’idée — révolutionnaire — portée par une équipe de chercheurs sud-coréens, qui a dévoilé fin mai une étude spectaculaire. Plutôt que de s’acharner à détruire les cellules cancéreuses, ils proposent de les reconvertir en cellules saines.
Ce mécanisme, appelé réversion cancéreuse, repose sur un principe simple : le cancer n’est pas une entité étrangère, mais une cellule de notre corps qui a « dérapé ». Elle a perdu sa spécialisation, s’est dérégulée, puis s’est mise à proliférer de façon anarchique. L’objectif n’est donc plus de la tuer… mais de la reprogrammer.
Contrairement à la chimiothérapie ou à la radiothérapie, qui visent une élimination massive des cellules malignes, cette stratégie n’endommage pas les tissus sains. Elle pourrait aussi éviter le problème majeur de la résistance aux traitements, qui conduit aujourd’hui à de nombreuses rechutes.
C’est grâce à l’utilisation de jumeaux numériques, des modèles informatiques ultra-complexes, que les scientifiques du KAIST (Korea Advanced Institute of Science and Technology) ont pu simuler le comportement de cellules du côlon atteintes de cancer.
Ils ont alors identifié des commutateurs génétiques clés capables de relancer le processus naturel de différenciation des cellules. En appliquant ces « interrupteurs » aux cellules cancéreuses, celles-ci ont retrouvé des caractéristiques normales : elles ont cessé de se multiplier et se sont « réinsérées » dans leur fonction biologique d’origine.
Les premiers essais ont été réalisés en laboratoire, puis validés chez l’animal. L’étude, dirigée par le Pr Kwang-Hyun Cho, marque un changement profond de perspective. “Jusqu’ici, les tentatives de réversion cancéreuse étaient anecdotiques. Pour la première fois, nous avons une méthode reproductible, précise, et contrôlable”, souligne-t-il dans la revue Science.
C’est l’espoir qui commence à se dessiner. Cette approche n’entraîne ni fatigue extrême, ni perte de cheveux, ni nausées — les effets secondaires typiques des traitements classiques. En ciblant la cause même du dérèglement cellulaire, elle ouvre la voie à des traitements de fond plus respectueux de l’organisme.
Mais attention : la technique est encore en phase préclinique. De nombreux défis restent à relever. Chaque type de cancer possède ses propres circuits génétiques, et il faudra concevoir des jumeaux numériques spécifiques pour chaque tumeur. Par ailleurs, les effets à long terme de cette reprogrammation doivent encore être évalués.
Selon l’équipe, des essais sur l’Homme pourraient voir le jour d’ici 5 à 7 ans. “Si les résultats se confirment, on pourrait envisager une nouvelle génération de thérapies anticancer, capables non seulement de stopper la maladie, mais de le faire sans brutaliser le corps”, conclut le Pr Cho.
Partagez sur vos réseaux sociaux :