2025-05-09
Et si le corps pouvait apprendre à se défendre seul (ou presque) contre certains cancers ? C’est le principe de l’immunothérapie : stimuler les défenses immunitaires pour qu’elles ciblent et éliminent les cellules tumorales.
Déjà utilisée dans plusieurs cancers comme le mélanome ou celui du poumon, l'immunothérapie connaît aujourd'hui des avancées prometteuses. Au Memorial Sloan Kettering Cancer Center (MSK) à New York, des essais cliniques testent son efficacité comme alternative à la chirurgie, à la chimiothérapie ou à la radiothérapie, dans des cas bien ciblés. Les résultats sont plus qu'encourageants.
Notre système immunitaire est naturellement capable de repérer et d'éliminer les cellules anormales, y compris les cellules cancéreuses. Mais il arrive que celles-ci développent des stratégies pour échapper à la surveillance. Elles peuvent se dissimuler, imiter les cellules saines ou affaiblir la réponse immunitaire.
L’immunothérapie vise à renforcer les défenses naturelles de l'organisme pour mieux détecter et attaquer les cellules tumorales. Aussi appelée thérapie biologique ou immuno-oncologie, elle aide le système immunitaire à ralentir la progression de la maladie, à limiter sa propagation ou à détruire plus efficacement les cellules malades.

Fatigue, nausées, douleurs : la chimiothérapie, bien que souvent efficace, s’accompagne d’effets secondaires lourds. L’immunothérapie offre une alternative plus ciblée et généralement mieux tolérée. © catalin, Adobe Stock
Le médicament dostarlimab (Jemperli), un inhibiteur de point de contrôle immunitaire développé par les laboratoires GSK, a montré des résultats impressionnants dans deux essais distincts.
Le premier a porté sur 42 patients atteints d’un cancer du rectum présentant une mutation génétique spécifique (appelée MMRd ou MSI). Tous ont vu leur cancer disparaître après un traitement uniquement basé sur l'immunothérapie, sans chirurgie, ni chimio ni radiothérapie.
Andrea Cercek, MD, oncologue gastro-intestinal du MSK, qui a dirigé l'essai, précise que « ce nouveau traitement s'avère très durable. La plupart des participants à l'essai n'ont plus de cancer depuis au moins un an, et les participants initiaux sont en bonne santé depuis quatre ans, voire plus. Le taux de réussite reste de 100 % ».
Une seconde étude, présentée lors du congrès de l'American Association for Cancer Research et publiée dans le New England Journal of Medicine, a élargi cette approche à d'autres types de cancers digestifs. Résultat : 92 % des patients, traités sans opération, ne présentaient plus aucun signe détectable de la maladie deux ans après le traitement.
L'efficacité du dostarlimab repose sur une caractéristique génétique bien précise : le déficit de réparation des mésappariements de l'ADN (MMRd), qui rend les cellules cancéreuses particulièrement visibles pour le système immunitaire. Cette thérapie ne s'adresse donc qu'à une minorité de patients, mais les bénéfices potentiels sont considérables : réduction du stade tumoral, absence de récidive, et surtout, préservation de la qualité de vie.
La chirurgie, la chimiothérapie ou la radiothérapie sont souvent associées à des effets secondaires lourds : douleurs chroniques, incontinence, infertilité... L'immunothérapie, même si elle peut aussi avoir certains effets indésirables tels que la fatigue, des réactions cutanées ou encore des troubles hormonaux, reste globalement mieux tolérée. Elle représente ainsi une option moins invasive et potentiellement révolutionnaire pour certains cancers.
Ces avancées confirment que l'immunothérapie, bien ciblée, peut offrir des résultats spectaculaires tout en préservant la qualité de vie des patients. Si elle ne concerne encore qu'une fraction des cancers, elle ouvre la voie à des traitements plus doux, plus précis, et surtout mieux adaptés à chaque profil génétique. Une piste prometteuse pour l'oncologie de demain.
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