2026-07-09
La production de vaccins pourrait devenir l’un des piliers de la stratégie sanitaire de l’Algérie. Après plusieurs annonces de partenariats industriels et le lancement de nouveaux centres de recherche, le gouvernement affiche l’ambition de bâtir une véritable filière nationale capable de couvrir une part des besoins du pays et, à terme, à l’échelle régionale.
C’est, en tout cas, l’orientation réaffirmée hier par le ministre de la Santé, Mohamed- Seddik Aït Messaoudene, lors d’une visite à l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), où il a appelé à l’élaboration d’une «feuille de route claire consacrée au développement de la production nationale de vaccins». Au cours de son déplacement, le ministre a inspecté les différentes activités de l’Institut, ses programmes scientifiques ainsi que les projets qu’il pilote dans les domaines de la veille épidémiologique, du diagnostic biologique, de la recherche scientifique et de la santé publique.
Selon un communiqué du ministère, cette visite s’inscrit dans une volonté de «consolider le rôle de l’Institut Pasteur comme acteur central de la politique nationale de sécurité sanitaire».
Dans son intervention, M. Aït Messaoudene a également salué la récente désignation de l’Institut Pasteur d’Algérie comme Centre régional d’excellence pour la biosûreté et la biosécurité en Afrique du Nord. Pour le ministre, cette reconnaissance internationale récompense les progrès réalisés par l’établissement dans le développement de ses capacités scientifiques et techniques, et traduit la confiance accordée aux compétences algériennes par les organisations internationales spécialisées.
A ses yeux, cette distinction pourrait renforcer la place de l’Algérie dans les réseaux scientifiques régionaux. Elle ouvre la voie à davantage de coopération en matière de recherche, de formation et d’échange d’expertises autour de la prévention des risques biologiques, un domaine devenu particulièrement délicat depuis la pandémie de Covid-9. Le ministre estime que cette position régionale doit désormais servir de levier pour franchir une nouvelle étape.
Celle-ci passe, selon lui, par le développement d’une véritable industrie vaccinale nationale reposant sur des technologies modernes et des compétences locales. «La production nationale dans le domaine des vaccins» constitue ainsi la priorité affichée. Mohamed-Seddik Aït Messaoudene a appelé à définir une feuille de route «aux contours clairs», afin de développer ce secteur en cohérence avec les orientations nationales visant, selon lui, à «renforcer la souveraineté sanitaire et à réduire la dépendance vis-à-vis des importations». Pour atteindre cet objectif, le ministre insiste sur le renforcement de la formation, le soutien de la recherche scientifique, l’encouragement de l’innovation et la valorisation des ressources humaines dont dispose déjà l’Institut Pasteur. Il estime que ces investissements permettront à terme de consolider la place de l’Algérie comme pôle de référence en matière de recherche biomédicale en Afrique du Nord, tout en poursuivant l’adoption des standards internationaux de qualité.
L’appel du ministre intervient alors que plusieurs projets destinés à construire une filière vaccinale nationale ont été lancés ces derniers mois. En avril, le groupe public Saidal a signé un accord de coopération avec le laboratoire indien Oncosimis et la société Fabtech Technologie, afin d’assurer un transfert de technologie vers l’Algérie.
L’objectif est de permettre au groupe pharmaceutique public de maîtriser, pour la première fois, la fabrication de vaccins innovants dits «probiotiques», destinés aussi bien à la médecine humaine qu’à la médecine animale. Les autorités cherchent également à développer tout l’écosystème scientifique indispensable à une industrie vaccinale durable.
Dans cette logique, Saidal, Madar Holding et le Groupe de recherche scientifique en virologie (Agerp) ont conclu récemment un partenariat portant sur la création d’un centre de recherche en microbiologie consacré au développement de vaccins ainsi que sur l’installation d’une unité de production de vaccins à usage humain et animal. Pour Houcem Korib, président de l’Agerp, ce projet dépasse largement le cadre industriel. «La maîtrise des vaccins constitue un véritable enjeu sécuritaire» et «relève de la souveraineté nationale», expliquait-il récemment sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale.
Selon lui, la première mission du futur centre consistera à contrôler et analyser les vaccins importés afin d’en vérifier l’efficacité et la composition, avant d’engager progressivement une production nationale. Il rappelle, à ce titre, l’épisode d’un vaccin contre la fièvre catarrhale ovine importé d’Inde qui s’était révélé contaminé, provoquant des conséquences importantes sur le cheptel algérien.
Une situation qui illustre, selon lui, les risques liés à une dépendance totale vis-à-vis des fournisseurs étrangers. Les autorités souhaitent également renforcer les capacités d’expérimentation indispensables au développement de nouveaux vaccins. Un centre d’expérimentation animale est ainsi en cours de création à Biskra. Cette infrastructure permettra aux chercheurs algériens de passer de la recherche fondamentale à la recherche appliquée et d’évaluer localement les futurs candidats vaccins. Les premiers travaux porteront prioritairement sur les vaccins vétérinaires, considérés comme un élément essentiel de la sécurité alimentaire. Parallèlement, un vaste centre national spécialisé dans la recherche en virologie est en cours de réalisation près de Mostaganem.
Le projet, présenté par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouacim Kouidri, devra, selon lui, être dirigé par un expert algérien fort de plus de quarante années d’expérience en virologie.
Dans l’attente de son achèvement, un espace provisoire a été aménagé au sein du centre de recherche et développement de Saidal à Alger, afin de permettre le lancement des premiers travaux scientifiques. Le ministre de l’Industrie pharmaceutique souligne que les futurs vaccins devront être développés, en tenant compte des virus circulant effectivement en Algérie ainsi que de leurs mutations, afin d’améliorer leur efficacité.
L’enjeu est aussi économique. Aujourd’hui, une grande partie des vaccins utilisés en Algérie est importée, ce qui représente une dépense importante pour les finances publiques. Selon les estimations avancées par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, les différents projets actuellement en cours devraient permettre de réduire la facture des importations de vaccins d’au moins 150 millions de dollars par an.
A mesure que les capacités nationales monteront en puissance, cette économie pourrait atteindre près de 200 millions de dollars. Les autorités envisagent même une deuxième étape consistant à exporter une partie de la production vers les marchés étrangers, notamment africains, où les besoins en vaccins demeurent considérables.
Cette perspective reste toutefois conditionnée à plusieurs facteurs. Le développement d’une industrie vaccinale exige des investissements lourds, des procédures réglementaires particulièrement exigeantes, des infrastructures adaptées et une capacité de recherche permanente pour suivre l’évolution des agents pathogènes. La formation des chercheurs, la certification des unités de production et le respect des normes internationales constitueront autant de défis à relever. Amel Blidi
Le groupe Saidal a signé, les 6 et 7 juillet, deux conventions-cadres de partenariat et de coopération avec l’Université de Tipasa et l’Ecole nationale supérieure vétérinaire (ENSV), en vue de renforcer la coopération dans les domaines de la recherche scientifique, du développement et de l’innovation, a indiqué mardi un communiqué du groupe. Ces deux conventions ont été signées par le directeur général du groupe Saidal, le professeur Mourad Belkhelfa, le recteur de l’Université de Tipasa, le professeur Mohamed Hadidi, et la directrice de l’ENSV, Sonia Bessalem, a précisé la même source. Elles visent à concrétiser des projets de recherche communs, à échanger les expertises et les compétences, et à encadrer et former les étudiants et les chercheurs, ainsi qu’à organiser des colloques, des ateliers et des activités scientifiques, notamment dans les domaines de l’industrie pharmaceutique, de la médecine vétérinaire et des biotechnologies. Les rencontres ayant réuni les responsables du groupe Saidal avec des enseignants et des chercheurs des deux établissements ont été l’occasion d’examiner les perspectives de coopération et les moyens de développer des projets communs dans les domaines de la recherche scientifique, de l’innovation et de la formation, de manière à renforcer le partenariat entre l’université et l’entreprise économique, et à contribuer au développement des compétences nationales
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