2026-07-08

Fièvre hémorragique en Afrique centrale : quand un virus rare rappelle le monde à l’ordre


Une flambée sans précédent du virus Bundibugyo, cousin méconnu du virus Ebola, frappe la République démocratique du Congo et l’Ouganda depuis mai, avec un bilan qui ne cesse de s’alourdir. Une experte de l’université de Boston alerte sur les failles persistantes dans la préparation mondiale face aux maladies infectieuses les moins médiatisées.

Une flambée sans précédent d’un virus rare et largement méconnu suscite des inquiétudes croissantes, alors que des experts mettent en garde contre le danger de négliger ce type de maladies, capables de provoquer des pertes humaines considérables et de mettre le secteur de la santé sous forte pression.

Un virus rare, une épidémie déjà hors normes

Dans un article de synthèse publié le 24 juin dans la revue New England Journal of Medicine, la professeure de biologie, virologie, immunologie et microbiologie à l’université de Boston, Nancy Sullivan, a averti que la propagation rapide du virus Bundibugyo en République démocratique du Congo révèle la nécessité d’une planification plus globale face aux maladies infectieuses moins connues, mais potentiellement très dangereuses.

Le virus Bundibugyo appartient à la même famille de filovirus que le virus Ebola, mais reste beaucoup plus rare. Seules deux flambées lui avaient jusqu’ici été attribuées, la première en Ouganda en 2007, la seconde en République démocratique du Congo en 2012. L’épidémie actuelle, déclarée officiellement le 15 mai 2026 par les ministères de la Santé congolais et ougandais après le décès d’une infirmière de Mongbwalu, dans la province de l’Ituri, a déjà largement dépassé ces deux précédents en termes d’ampleur et de trajectoire de propagation. Des analyses génomiques indiquent que la souche actuelle est plus proche de celle responsable de l’épidémie de 2012 en RDC que du virus identifié en Ouganda en 2007, ce qui suggère une nouvelle transmission zoonotique. L’Organisation mondiale de la santé a déclaré, le 17 mai, une urgence de santé publique de portée internationale.

Un bilan qui s’alourdit de semaine en semaine

Si le bilan cité par la professeure Sullivan, fondé sur les données de l’OMS au 11 juin, faisait état de 695 cas confirmés et 138 décès en République démocratique du Congo et en Ouganda, les chiffres ont depuis considérablement augmenté. Selon le dernier bilan de l’OMS publié fin juin, plus de 1 480 cas confirmés et 454 décès avaient été enregistrés au 1er juillet, dont la quasi-totalité en RDC. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies évoquait, pour sa part, plus de 1 560 cas confirmés et 506 décès en RDC au 5 juillet, avec plus de 620 patients hospitalisés en isolement et 254 personnes guéries. Des cas isolés ont également été exportés hors du continent africain, avec un ressortissant américain évacué en Allemagne et un médecin français contaminé après un retour de mission en RDC.

Sullivan explique que le confinement de ce type de flambées exige un diagnostic rapide, l’isolement des malades, le suivi des personnes contacts, l’application de mesures de lutte contre l’infection, ainsi que des soins de soutien. Or, la capacité limitée des laboratoires et les retards dans la réalisation des tests, dans des environnements aux ressources restreintes, entravent la riposte et laissent au virus davantage d’opportunités de se propager.

Une fièvre hémorragique redoutable, un risque accru pour le personnel soignant

Le virus Bundibugyo provoque une fièvre hémorragique sévère, accompagnée d’une inflammation généralisée, d’un dysfonctionnement et d’une défaillance de la paroi des vaisseaux sanguins, de saignements incontrôlables, ainsi que d’une défaillance de plusieurs organes. La contamination se faisant par contact direct avec les fluides corporels des malades, le personnel soignant se trouve particulièrement exposé, notamment en milieu hospitalier. L’épidémie a d’ailleurs été officiellement déclarée après le décès d’une infirmière, tandis que des investigations épidémiologiques suggèrent que la transmission avait probablement débuté plusieurs semaines auparavant, notamment parmi des volontaires de la Croix-Rouge chargés de la manipulation des corps.

Le casse-tête du diagnostic

Selon Sullivan, cette flambée met en lumière une faiblesse fondamentale du système de diagnostic : les symptômes de la maladie ressemblent fortement à ceux du paludisme, de la fièvre typhoïde et d’autres pathologies, ce qui rend les analyses en laboratoire indispensables pour confirmer l’infection. Or, la capacité limitée des laboratoires en République démocratique du Congo impose souvent de transporter les échantillons sur de longues distances vers les laboratoires de référence nationaux, ce qui retarde d’autant le diagnostic.

«Le retard dans la collecte, le transport et la réalisation des tests peut repousser la confirmation d’une infection de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines, ce qui entrave l’isolement des malades, le suivi des contacts et le déclenchement des mesures de contrôle de l’épidémie», a écrit Sullivan.

Des systèmes de préparation à repenser

Ce que révèle cette flambée ne se limite pas aux défis du diagnostic : elle met également en cause des programmes de préparation sanitaire centrés principalement sur les agents pathogènes les plus courants et à haut risque déjà connus. Après des années d’activité relativement limitée, le virus Bundibugyo réapparaît comme une menace sanitaire majeure, rappelant la difficulté à anticiper quel agent pathogène pourrait être à l’origine de la prochaine épidémie.

Sullivan avait déjà appelé, par le passé, au développement de contre-mesures ciblant l’ensemble des agents susceptibles de provoquer des maladies graves ou mortelles chez l’humain, plutôt que de concentrer les efforts sur un nombre limité de virus déjà connus. Malgré les avancées réalisées dans le développement de vaccins et de traitements contre les virus Ebola, Soudan et Marburg, le virus Bundibugyo, en raison de sa rareté, reste dépourvu de tout vaccin ou traitement homologué qui lui soit spécifiquement destiné. Certains éléments suggèrent toutefois que les vaccins développés contre d’autres espèces de ce type de virus pourraient offrir un certain niveau de protection.

Sullivan a conclu en soulignant que les plans de préparation aux épidémies ne devraient pas se limiter au développement d’outils de diagnostic, de vaccins et de traitements, mais devraient également renforcer la capacité opérationnelle à mener une réponse coordonnée et multinationale lors du déclenchement de flambées épidémiques.


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