2026-06-21

Tabagisme : pour une stratégie de réduction des risques


Réunis à Tunis le 2 juin 2026 à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, des spécialistes de Tunisie, d’Algérie et de Libye ont dressé un bilan alarmant de la situation tabagique dans la région. Face à l’échec relatif des politiques traditionnelles, ils plaident désormais pour une approche pragmatique incluant la réduction des risques.

Le constat est sans appel : le tabagisme est une menace sanitaire structurelle majeure pour les pays du Maghreb. Lors d’une conférence régionale organisée par la plateforme médicale Med.TN sous la modération de Hassen Hameli, des experts en cardiologie, pneumologie et épidémiologie ont souligné l’urgence de repenser la lutte contre ce fléau qui ignore les frontières.

Si le fardeau du tabagisme pèse lourdement sur les pays à revenu faible ou intermédiaire à l’échelle mondiale, le Maghreb n’est pas épargné. La prévalence du tabagisme y demeure élevée, avec des tendances récentes particulièrement inquiétantes, notamment en Algérie.

Les experts ont attiré l’attention sur « le rajeunissement précoce de l’âge d’initiation, avec des cas alarmants de jeunes commençant à fumer avant dix ans ». Ce phénomène met en lumière l’inadéquation des dispositifs de prévention actuels face aux évolutions sociétales.

Par ailleurs, l’écart entre la volonté des fumeurs et l’offre de soins est criant. En Algérie, par exemple, alors que « 95 % des fumeurs reconnaissent la dangerosité du tabac et expriment le besoin d’aide, seuls 3 des 53 centres de sevrage recensés seraient pleinement opérationnels ». Un paradoxe qui illustre le manque cruel d’accompagnement efficace.

Au cœur des débats, les spécialistes ont tenu à clarifier une mise au point conceptuelle : la lutte contre le tabagisme repose sur trois piliers distincts mais complémentaires : la prévention (empêcher l’initiation), le sevrage (aider à arrêter) et la réduction des risques (proposer des alternatives aux fumeurs qui ne peuvent ou ne veulent pas arrêter). Les intervenants ont plaidé pour une intégration plus pragmatique de la réduction des risques, citant « l’usage de produits sans combustion comme la cigarette électronique, le tabac chauffé ou les sachets de nicotine ».

Le message final des experts est un appel à l’action régionale. Convaincus que les solutions nationales isolées ont atteint leurs limites, ils exhortent les autorités tunisiennes, algériennes et libyennes à « construire un cadre commun« .

Ce cadre devrait articuler, de manière coordonnée, la prévention, la régulation, le sevrage et, surtout, l’adoption explicite d’une politique de réduction des risques tabagiques. Une approche qui, selon les experts, s’avère être la voie la plus prometteuse pour obtenir une diminution significative et durable du tabagisme au Maghreb.


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