2026-06-10
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique a reçu une délégation d’un opérateur chinois spécialisé dans le fractionnement du plasma. Un projet ambitieux, qui pourrait transformer en profondeur le paysage de la santé en Algérie, est sur la table.
C’est une réunion discrète, mais aux implications potentiellement majeures. Ouacim Kouidri, ministre de l’Industrie pharmaceutique, a reçu au siège de son département ministériel une délégation représentant un groupe chinois présenté comme leader mondial dans le fractionnement du sang. Autour de la table figuraient également des cadres du groupe public Saidal, fleuron de l’industrie pharmaceutique algérienne.
L’objet de ces discussions : la création de la première unité nationale de collecte et de traitement des produits sanguins à des fins thérapeutiques. Un projet qui, s’il aboutit, permettrait à l’Algérie de produire localement des médicaments biologiques essentiels, albumine, immunoglobulines, facteurs de coagulation, aujourd’hui massivement importés et utilisés dans le traitement de pathologies graves telles que l’hémophilie, les déficits immunitaires ou encore certains chocs hémorragiques.
La rencontre a été l’occasion pour la partie chinoise de présenter son expertise technique et ses capacités industrielles dans ce domaine hautement spécialisé. Les aspects réglementaires, souvent complexes dans le secteur du sang et de ses dérivés, ont également été passés en revue. Le fractionnement du plasma sanguin est en effet une filière exigeante, encadrée par des normes sanitaires strictes à l’échelle internationale, notamment celles de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
La Chine, à travers plusieurs de ses groupes biopharmaceutiques comme Tiantan Biological ou Shanghai RAAS Blood Products, s’est imposée ces dernières décennies comme un acteur incontournable de ce secteur à l’échelle mondiale. Le pays dispose aujourd’hui de l’une des plus grandes capacités de collecte plasmatique au monde, avec plusieurs centaines de stations agréées sur son territoire.
Le ministre Kouidri a tenu à replacer ce projet dans un cadre plus large. « Ce projet, qui s’inscrit dans la vision stratégique de l’Etat visant à réduire les importations de produits pharmaceutiques, constitue une étape clé dans l’édification d’un système national de santé intégré, à même de renforcer la sécurité sanitaire du pays et de consolider sa position en tant qu’acteur régional dans les industries pharmaceutiques avancées », a-t-il déclaré.
Une ambition qui s’inscrit dans un contexte de pression budgétaire persistante sur la facture d’importation des médicaments. Selon les chiffres du Conseil national de l’ordre des pharmaciens algériens, l’Algérie consacrait encore ces dernières années plus de deux milliards de dollars annuellement à l’importation de produits pharmaceutiques, dont une part significative en médicaments biologiques dérivés du sang.
L’implication du groupe Saidal dans ce dossier n’est pas anodine. Entreprise publique fondée en 1982, Saidal a engagé depuis plusieurs années une stratégie de montée en gamme vers les médicaments complexes et les biotechnologies. Ce nouveau projet de fractionnement plasmatique représenterait un saut technologique inédit pour le groupe, qui renforcerait ainsi sa vocation de pivot de la souveraineté pharmaceutique nationale.
Si les négociations devaient aboutir, l’Algérie rejoindrait un cercle encore restreint de pays africains et arabes dotés d’une telle infrastructure, positionnant ainsi le pays comme un potentiel hub régional dans un secteur à très forte valeur ajoutée.
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