2026-05-25
Des chercheurs ont reproduit les dégâts d'Alzheimer sur les nerfs moteurs sans faire intervenir le cerveau. Les déficits musculaires de la maladie sont donc indépendants des symptômes cognitifs.
Certains patients Alzheimer perdent de la force musculaire des années avant que la mémoire ne flanche. Leur démarche ralentit. Leur poigne s'affaiblit. Ce signe avant-coureur intrigue les neurologues depuis longtemps. Une équipe de l'université de Floride centrale vient pourtant de montrer que ces troubles moteurs ne viennent pas du cerveau. Ils naissent directement dans le système nerveux périphérique.
Des études cliniques documentent ce phénomène depuis plusieurs années. Une étude longitudinale de douze ans menée par la UK Biobank a ainsi confirmé que les personnes qui développent une démence marchent plus lentement dès le début du suivi. Leur poigne est aussi plus faible que celui du reste de la cohorte. Par ailleurs, des travaux menés à l'université médicale de Tokyo ont établi une diminution mesurable de la vitesse de conduction nerveuse chez les patients Alzheimer précoces, avant tout trouble cognitif.
Pourtant, une question restait sans réponse. Ces déficits moteurs découlent-ils de la dégradation cérébrale ? Ou peuvent-ils apparaître de façon autonome dans le système nerveux périphérique ? C'est précisément ce que l'équipe des professeurs James Hickman et Xiufang Guo a voulu trancher.
Pour y répondre, les chercheurs ont utilisé une puce de jonction neuromusculaire humaine. Ce système reproduit le circuit moteur de base. Il relie un neurone moteur à une cellule musculaire, sans encéphale ni moelle épinière. Des motoneurones issus de cellules souches de patients Alzheimer familiaux ont ensuite été connectés à des cellules musculaires saines. L'ensemble a été stimulé électriquement pendant plusieurs semaines.
Les jonctions neuromusculaires avec la mutation PSEN1 A246E ont présenté des déficits sévères à tous les stades. Celles issues de la mutation APP K595N/M596L ont montré des déficits modérés. Dans les deux cas, les défaillances sont apparues sans aucune implication du système nerveux central. Selon l'étude publiée dans Alzheimer's and Dementia par l'université de Floride centrale, c'est la première démonstration de ce type sur un modèle humain.
Les chercheurs ont ensuite testé la mémantine et la galantamine, deux médicaments couramment prescrits aux patients. Aucun des deux n'a produit d'amélioration mesurable sur les paramètres neuromusculaires.
Ces résultats posent un problème thérapeutique. Les traitements qui ciblent les plaques amyloides cérébrales ne pourront jamais corriger des déficits nés hors du cerveau. James Hickman est sans détour. « Les médicaments qui visent le cerveau ne régleront pas les problèmes qui trouvent leur origine dans les nerfs périphériques », affirme-t-il.
Pour les chercheurs, la prochaine étape est donc d'intégrer des cellules musculaires Alzheimer dans le modèle. L'objectif est de tester des composés capables de cibler spécifiquement la pathologie neuromusculaire. Ce même système de puce humaine a déjà fourni des données ayant conduit à des essais cliniques de phase II et III pour d'autres maladies neuromusculaires.
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