2026-05-15
Deux molécules expérimentales sont parvenues, chez l’animal et sur des modèles cellulaires, à relancer la reconstruction de la myéline, cette gaine protectrice détruite par la sclérose en plaques. Une piste encore lointaine, mais qui pourrait changer la manière de traiter la maladie.
Aujourd’hui, les traitements de la sclérose en plaques freinent l’emballement du système immunitaire sans pouvoir réparer les dégâts déjà causés au cerveau et à la moelle épinière. Une thèse de doctorat menée en Finlande ouvre pourtant une voie nouvelle : agir directement sur les mécanismes qui empêchent le cerveau de se reconstruire lui-même. Derrière cette recherche, une promesse encore fragile, mais essentielle pour des millions de patients confrontés à une maladie qui progresse souvent en silence.
La sclérose en plaques (SEP) reste la maladie neurologique chronique la plus fréquente chez les jeunes adultes. En Europe du Nord et au Canada, où elle est particulièrement répandue, le nombre de cas continue d’augmenter, notamment chez les femmes.
Pour les patients, la maladie bouleverse peu à peu les gestes du quotidien. Fatigue écrasante, troubles de la vision, difficultés à marcher, douleurs, perte de sensibilité : les symptômes apparaissent par poussées ou s’installent progressivement, parfois de manière irréversible.
Au cœur de la maladie, une mécanique destructrice. Le système immunitaire attaque la myéline, cette enveloppe protectrice qui entoure les fibres nerveuses et permet aux informations de circuler rapidement dans le cerveau et la moelle épinière. Lorsque cette gaine est détruite, les neurones communiquent moins bien. Puis, avec le temps, certaines cellules nerveuses meurent.
Les traitements disponibles aujourd’hui ont profondément amélioré la prise en charge des formes inflammatoires de la maladie. Ils réduisent les poussées et ralentissent l’activité immunitaire. Mais un verrou demeure : aucun médicament n’est actuellement capable de réparer les lésions nerveuses déjà installées. Cette limite est particulièrement dramatique dans les formes progressives de la SEP. Les atteintes neurologiques s’y accumulent lentement, année après année, laissant les patients face à une perte progressive d’autonomie.
Depuis des décennies, les chercheurs tentent donc de déclencher ce que l’on appelle la "remyélinisation" : la capacité du cerveau à reconstruire la myéline détruite. Jusqu’ici, les essais thérapeutiques ont échoué les uns après les autres. Non pas parce que le cerveau en est incapable, mais parce que l’environnement créé par la maladie finit par empêcher cette réparation naturelle.
C’est précisément sur ce verrou biologique que s’est penché Tapani Koppinen, doctorant au sein du groupe de recherche dirigé par la professeure associée Merja Voutilainen.
Ses travaux explorent deux approches radicalement différentes, mais qui aboutissent toutes deux à un résultat similaire : favoriser la reconstruction de la myéline dans des modèles expérimentaux de sclérose en plaques.
Le plus frappant, soulignent les auteurs, est que ces deux médicaments expérimentaux reposent sur des mécanismes totalement différents mais conduisent à des effets très proches : une remyélinisation nettement améliorée et une diminution de la neuroinflammation dans les modèles étudiés. Autrement dit, plusieurs chemins biologiques pourraient permettre au cerveau de retrouver une capacité de réparation que l’on croyait presque perdue dans les formes avancées de la maladie.
Pour les chercheurs, l’avancée est importante. Mais elle reste encore au stade préclinique. Les résultats ont été obtenus chez l’animal et sur des modèles cellulaires reproduisant certaines caractéristiques de la maladie humaine. Or, la sclérose en plaques demeure d’une extrême complexité. Les lésions observées chez les patients évoluent différemment selon les individus, l’ancienneté de la maladie ou encore les zones du cerveau touchées.
Un autre défi majeur persiste : franchir la barrière hémato-encéphalique, ce filtre naturel qui protège le cerveau et empêche de nombreuses molécules thérapeutiques d’y pénétrer. Les chercheurs indiquent toutefois avoir démontré que les deux composés atteignaient efficacement le système nerveux central chez les animaux de laboratoire.
Dans ce contexte, la prudence reste indispensable. Les précédentes tentatives pour stimuler la remyélinisation ont souvent suscité beaucoup d’espoir avant de décevoir lors des essais cliniques.
Tapani Koppinen, titulaire d'une maîtrise en pharmacie, garde néanmoins une ambition claire. "Notre objectif est de permettre aux molécules que nous avons développées d’atteindre le stade des essais cliniques, ce qui pourrait un jour aboutir aux premiers médicaments capables d’améliorer la remyélinisation dans la SEP. En attendant, nos découvertes peuvent contribuer à l’étude des mécanismes pathogènes de la SEP qui inhibent la remyélinisation", explique-t-il.
Cette nuance est essentielle. La recherche n’annonce pas un remède. Elle propose une nouvelle manière d’envisager la maladie : non plus seulement ralentir les attaques immunitaires, mais aider le cerveau à réparer ce qui a été détruit. Pour les patients atteints de sclérose en plaques, cette perspective change déjà quelque chose de fondamental. Elle redonne à la recherche un horizon que beaucoup attendaient depuis longtemps : celui de la reconstruction, et plus uniquement celui du ralentissement de la perte.
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