2026-05-10

Stratégie nationale de lutte contre le cancer 2025-2035 : L’état accélère la réorganisation de la lutte anticancer


L’Algérie engage une nouvelle étape dans la restructuration de la lutte contre le cancer. Le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Ait Messaoudene, a procédé, mardi à Alger, à l’installation de la commission sectorielle de coordination pour la prise en charge du cancer, une structure appelée à jouer un rôle central dans la mise en œuvre de la stratégie nationale à l’horizon 2035.

Selon le ministère, cette initiative s’inscrit dans le cadre de «l’attention particulière accordée par les hautes autorités du pays, à leur tête le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, au dossier de la lutte contre le cancer». Elle intervient également dans le prolongement des orientations arrêtées lors du dernier Conseil des ministres, qui a insisté sur l’adoption d’«une approche nationale globale axée sur la prévention, la rapidité du dépistage précoce et le traitement efficace». Cette nouvelle commission devra assurer la coordination entre les différents acteurs du secteur, harmoniser les protocoles thérapeutiques et suivre la mise en œuvre des programmes liés au dépistage, au traitement et à la disponibilité des médicaments anticancéreux.

Le ministère précise qu’elle aura aussi pour mission de renforcer les capacités des structures de santé et d’améliorer la qualité de la prise en charge sur l’ensemble du territoire. L’installation de cette instance illustre la volonté des autorités d’inscrire la lutte contre le cancer dans une logique de gouvernance plus structurée et plus centralisée.

Le dossier est désormais traité comme une priorité nationale, au même titre que les grands chantiers de modernisation du système de santé. Dans son intervention, le ministre Mohamed Seddik Ait Messaoudene a salué le travail de la commission nationale de prévention et de lutte contre le cancer, présidée par Adda Bounedjar. Il a notamment souligné que les conclusions des Assises nationales organisées en 2025 constituent «une base de données nationale riche et une référence scientifique et stratégique majeure» pour l’application de la stratégie nationale de lutte contre le cancer.

Progression continue des cas et structures sous pression

Cette orientation intervient dans un contexte marqué par une progression continue du nombre de cas. Les dernières estimations disponibles font état de plus de 56 000 nouveaux patients recensés annuellement en Algérie, avec une tendance haussière liée au vieillissement de la population, à l’évolution des habitudes alimentaires et à la progression des maladies chroniques. Dans les milieux médicaux, plusieurs spécialistes estiment que le seuil des 60 000 nouveaux cas par an pourrait être franchi dans les prochaines années. Le cancer du sein reste le plus fréquent chez la femme, alors que les cancers de la prostate, du poumon et du côlon dominent chez l’homme. Cette évolution exerce une pression croissante sur les infrastructures hospitalières et les services spécialisés, déjà confrontés à des difficultés d’organisation et à des disparités régionales importantes.

Malgré les investissements engagés ces dernières années, l’accès aux soins demeure inégal selon les wilayas. Dans plusieurs régions de l’intérieur et du Sud, les patients sont encore contraints de se déplacer vers les grands centres hospitaliers pour bénéficier d’examens spécialisés, de séances de radiothérapie ou de traitements lourds. Cette concentration de l’offre de soins contribue à la saturation de certaines structures et allonge parfois les délais de prise en charge.

Pour les oncologues, l’enjeu dépasse désormais la seule question des équipements. La lutte contre le cancer exige une organisation cohérente et continue, depuis le dépistage jusqu’au suivi thérapeutique. Dans les services spécialisés, plusieurs praticiens insistent sur «la nécessité de renforcer la coordination entre les établissements, de sécuriser la disponibilité des traitements et d’améliorer la formation des équipes médicales afin d’assurer une prise en charge plus fluide des patients».

Nouveaux axes de réforme

La nouvelle commission devra précisément intervenir sur ces différents volets. Le ministère de la Santé insiste sur la nécessité de mettre en place un dispositif permanent de suivi de la disponibilité des médicaments anticancéreux afin d’éviter les perturbations observées périodiquement dans certaines structures. L’amélioration de la prise en charge passe également par une accélération de la numérisation du secteur. Les autorités prévoient la mise en service de plusieurs plateformes numériques, parmi lesquelles la plateforme du Fonds cancer et le dossier électronique du patient.

Ces outils doivent permettre un meilleur suivi médical, une circulation plus rapide des données et une gestion plus efficace des ressources. La stratégie nationale à l’horizon 2035 repose sur plusieurs axes : prévention, dépistage précoce, développement des infrastructures, renforcement de la radiothérapie, recherche scientifique et modernisation de la gouvernance sanitaire. Les autorités veulent également rationaliser l’utilisation des financements publics consacrés à ce secteur, dans un contexte où le coût des traitements anticancéreux continue d’augmenter.

La prévention occupe une place centrale dans cette approche. Les campagnes de sensibilisation contre le tabagisme, la sédentarité et l’obésité devraient être intensifiées, alors que les spécialistes rappellent qu’une part importante des cancers reste liée à des facteurs de risque évitables. Le développement du dépistage précoce est également présenté comme un levier essentiel pour améliorer les chances de guérison et réduire les coûts des traitements lourds. La radiothérapie constitue un autre chantier prioritaire. Le ministère entend renforcer cette spécialité afin de réduire la pression sur les centres existants et améliorer les délais d’accès aux soins. La formation des ressources humaines figure aussi parmi les préoccupations majeures, alors que les besoins en oncologues, radiothérapeutes et personnels paramédicaux spécialisés augmentent rapidement.

Au-delà de la dimension médicale, le cancer s’impose progressivement comme un enjeu de gouvernance publique et de souveraineté sanitaire. La capacité du système de santé à anticiper l’augmentation des cas, à assurer une prise en charge équitable et à maintenir la continuité des traitements est désormais perçue comme un indicateur majeur de performance publique.

A travers l’installation de cette nouvelle commission, les autorités cherchent à structurer davantage l’action de l’Etat et à instaurer un pilotage plus coordonné de la lutte anticancer. A l’horizon 2035, l’Algérie devra relever un triple défi : il s’agit de contenir la hausse du nombre de cas, garantir un accès équitable aux soins et assurer la durabilité financière du système.

L’installation de la nouvelle commission sectorielle de coordination marque une étape supplémentaire dans cette réorganisation. Reste désormais l’épreuve décisive de l’exécution sur le terrain, de la coordination entre les acteurs et de la capacité à transformer les orientations stratégiques en résultats concrets pour les patients.


Partagez sur vos réseaux sociaux :

Articles similaires


...
Médecins résidents : trois ministères se penchent sur leurs conditions de stage
Lire la suite   
...
Projets de réalisation de 3 hôpitaux spécialisés à Alger, Tlemcen et Annaba
Lire la suite   
...
Des associations saluent la décision du président de la République d'élaborer une étude pou...
Lire la suite   
...
Ait Messaoudene préside la cérémonie de certification officielle de l'élimination du trachom...
Lire la suite   
...
Ait Messaoudene reçoit le représentant de l'OMS
Lire la suite