2026-04-21
Près d’un million d’Algériens souffriraient d’insuffisance cardiaque, tandis que des dizaines de milliers de patients sont déjà sous dialyse. Derrière ces chiffres, un constat s’impose : les maladies cardiovasculaires et rénales progressent «silencieusement», pèsent lourdement sur les finances publiques et mettent à l’épreuve l’organisation du système de santé.
Les spécialistes appellent à un changement de paradigme, centré sur la prévention et le dépistage précoce. L’Algérie a profondément transformé son système de santé depuis l’indépendance, passant d’environ 300 structures hospitalières à plus de 600 hôpitaux, 91 établissements spécialisés et plus de 2000 structures de santé de proximité.
Cette montée en puissance s’est accompagnée d’une amélioration notable des indicateurs sanitaires, notamment une espérance de vie passée de 57 ans en 1980 à 77 ans en 2022. Toutefois, malgré l’existence d’infrastructures sanitaires et de ressources médicales qualifiées, les spécialistes pointent surtout «les défaillances du parcours de soins et de son organisation». Aujourd’hui, les maladies non transmissibles représentent près de 76% des décès. Parmi elles, les maladies cardiovasculaires dominent largement avec 36% de la mortalité, suivies par les cancers (13%), les maladies transmissibles (15%), les traumatismes (10%), le diabète (4%) et les maladies respiratoires chroniques (3%).
Chez les personnes âgées de 30 à 69 ans, elles sont responsables de 65,7% des décès. A cet effet, l’insuffisance cardiaque apparaît comme un marqueur majeur de la pression sanitaire. A l’échelle mondiale, elle touche 64,3 millions de personnes et génère environ 4 millions de nouveaux cas chaque année. Par extrapolation, près de 990 000 Algériens seraient concernés. Il s’agit d’une pathologie «complexe» résultant de l’incapacité du cœur, muscle d’environ 270 grammes, à assurer correctement sa fonction «de pompe pour irriguer l’organisme». Lors d’une rencontre scientifique consacrée à l’insuffisance cardiaque et rénale, organisée samedi par NHS Médiacom, avec le parrainage de plusieurs associations, le professeur Mohamed Chettibi rappelle à ce titre que «les maladies cardiovasculaires représentent environ 36% des décès», et souligne que les principaux facteurs de risque restent l’hypertension artérielle et le diabète, particulièrement répandus dans le pays.
Pour le professeur Chettibi, les traitements existent et sont disponibles, mais la principale difficulté réside dans l’organisation du parcours de soins. «Trop souvent, les patients sont pris en charge tardivement ou de manière discontinue, ce qui augmente le risque de complications et de décès», explique-t-il. Au-delà de la maladie elle-même, c’est toute une chaîne de complications qui se met en place. Près de 30% des patients évoluent vers une atteinte rénale sévère, les conduisant à la dialyse en quelques années.
A ce propos, le professeur Farid Haddoum, chef de service de néphrologie et hémodialyse au CHU Mustapha, qualifie les maladies rénales chroniques de «pathologies silencieuses et insidieuses». Selon lui, elles évoluent longtemps sans signes cliniques évidents, ce qui retarde considérablement leur diagnostic. Elles progressent de manière lente et invisible jusqu’à un stade avancé, où la fonction rénale devient insuffisante et où la dialyse s’impose comme unique solution pour assurer la survie du patient.
Le spécialiste insiste sur un point essentiel : la maladie rénale chronique reste encore largement sous-diagnostiquée, alors même que des outils simples et accessibles permettent de la détecter précocement. «Des analyses biologiques de base, comme le dosage de la créatinine ou la recherche d’albumine dans les urines, peuvent révéler très tôt une atteinte rénale et éviter l’évolution vers les stades terminaux», souligne-t-il.
Sans ce sillage, il pose une question forte : «Qui est sûr que ses reins fonctionnent correctement ?», illustrant ainsi le caractère silencieux et trompeur de cette pathologie. Les conséquences de ce retard diagnostique sont déjà visibles et particulièrement lourdes pour le système de santé. En Algérie, on estime à environ 42500 le nombre de patients insuffisants rénaux, dont près de 38 000 sont actuellement sous hémodialyse. Les autres bénéficient soit d’une greffe, soit de techniques alternatives, comme la dialyse péritonéale. Cette prise en charge repose sur un réseau d’environ 500 centres de dialyse, répartis entre le secteur public et le secteur privé, ce qui illustre l’ampleur de la demande et la pression constante sur les infrastructures de soins. Sur le plan économique, le poids est particulièrement élevé dit-il puisque le traitement par hémodialyse coûte environ 2 millions de dinars par patient et par an, alors que les traitements médicamenteux préventifs ne coûtent qu’entre 35 000 et 70 000 DA par an. L’écart entre prévention et prise en charge tardive est donc extrêmement important. A l’échelle nationale, la facture globale liée à l’insuffisance rénale chronique est estimée à près d’un milliard de dollars, traduisant une pression financière majeure sur le système de santé et les mécanismes de protection sociale. Pour le professeur Haddoum, cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle pourrait être largement évitée.
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