2026-03-11
Le don de sang, cet acte empreint d’humanisme et de solidarité, redonne espoir aux malades et sauve des vies chaque jour. Ce geste simple mais d’une portée inestimable est un maillon essentiel dans la chaîne des soins de santé. Si cet acte vital se déroule d’une manière ordinaire durant onze mois, il est chamboulé pendant la période du mois sacré de Ramadan où les habitudes de don changent.
Il ne se fait que durant les heures nocturnes, après la rupture du jeûne, au moment où l’organisme retrouve son équilibre hydrique et nutritionnel. Cependant, ce changement qui a fait planer une crainte d’une diminution du nombre de donneurs et par conséquent les quantités de sang collectées, n’a finalement pas eu lieu. Au contraire, une forte participation, notamment celle de la gent féminine a été observée durant le mois sacré. De nombreuses femmes effectuent leur don de sang après avoir accompli la prière des Tarawih, au sein des différentes mosquées. Cette affluence inattendue, faut-il le souligner, contribue de manière significative à la sécurisation des stocks au niveau des banques de sang, qui sont soumises à une pression constante.
Un meilleur cadre pour les donneuses
Le Dr Abdelmalek Sayah, président de la Fédération internationale des organisations de donneurs de sang et de la Fédération algérienne des donneurs de sang, a mis en lumière cette dynamique positive. Selon lui, les efforts de sensibilisation menés à travers les mosquées ont porté leurs fruits. «Nous avons remarqué une forte participation des femmes contrairement à celle des hommes durant ce mois sacré», a-t-il fait savoir. Dr Sayah insiste particulièrement sur la nécessité d’adapter les infrastructures et les horaires pour mieux accueillir ces donneuses. «Il faut s’adapter et mettre en place un environnement propice à la gent féminine pour qu’elle puisse faire un don de sang dans de meilleures conditions.»
Cette adaptation ne se limite pas à des horaires nocturnes, mais englobe également des espaces plus confortables et des équipes de personnel sensibilisées aux spécificités culturelles et aux besoins des femmes. En effet, le président des deux fédérations estime qu’il est «impératif de créer un cadre où les femmes se sentent à l’aise pour réaliser ce geste vital». En outre, Dr Sayah souligne une dimension encore plus profonde et souvent méconnue. «Il faut savoir que la femme, par sa générosité, donne plus de sang. La valoriser et lui accorder des facilités sont essentiels pour garantir la disponibilité de produits sanguins en quantité suffisante pour tous les patients qui en ont besoin. Négliger le don de sang féminin, c’est priver les banques de sang des dons de 50 % de la société», dira-t-il, et d’insister sur l’impératif d’une implication des pouvoirs publics dans l’instauration d’un meilleur cadre pour le don de sang féminin.
Un statut d’utilité publique
Par ailleurs, le président de la fédération insiste sur la conjugaison des efforts afin d’assoir une nouvelle politique du don de sang. «C’est un travail sociétal impliquant tout le monde, elle requiert l’engagement de l’ensemble de la société civile, des institutions étatiques, des professionnels de la santé, et bien sûr, des citoyens». Il préconise également de mener une étude pluridisciplinaire à travers laquelle découlera une feuille de route claire et opérationnelle pour optimiser le système de don de sang à l’échelle national. Autre proposition phare de Dr Sayah, la création d’un « serveur pour gérer efficacement le don du sang à travers le territoire national ». Selon lui, un tel dispositif permettrait une gestion en temps réel des stocks de sang, une coordination entre les centres de collecte et les hôpitaux ainsi qu’une traçabilité des produits sanguins. « L’Etat a mis en place tous les moyens nécessaires. Cependant, faute d’une étude et d’une vision cohérentes, les résultats demeureront mitigés ». Enfin, Dr Sayah réitère son appel aux pouvoirs publics afin de rendre le statut d’utilité publique à la fédération qu’il dirige. Cette fédération active sur le terrain depuis un demi-siècle. «La reconnaissance d’utilité publique permettrait à la fédération d’accéder à des financements et renforcerait également ses capacités d’action et de jouer pleinement son rôle de partenaire clé dans la mise en œuvre de la politique nationale du don de sang», a conclu Dr Sayah.
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