2026-03-08

Maladie de Crohn : une équipe française dévoile un traitement inédit issu de notre propre microbiote


Au moment où les MICI explosent, une équipe française s’intéresse de près à Faecalibacterium prausnitzii, grande absente du microbiote dans la maladie de Crohn. Que révèle ce dialogue inédit entre bactérie et cellules immunitaires sur les traitements de demain ?

Et si une bactérie presque invisible à l’œil nu pesait lourd dans l’avenir des traitements des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) ? Chez de nombreux patients atteints de maladie de Crohn, l’équilibre du microbiote intestinal est rompu, et avec lui la capacité de l’intestin à contenir une inflammation durable et douloureuse.

Au cœur de cet écosystème, la bactérie Faecalibacterium prausnitzii occupe habituellement une place majeure. Une étude française récente, impliquant Sorbonne Université, l’Inserm, INRAE, l’AP-HP et la biotech Exeliom Biosciences, montre que cette bactérie peut calmer l’inflammation en agissant directement sur certaines cellules immunitaires et sur leur métabolisme énergétique. Un mécanisme inédit qui change la façon de penser les futures thérapies.

Faecalibacterium prausnitzii, grande absente du microbiote dans la maladie de Crohn

Le microbiote intestinal regroupe des milliards de microbes qui aident à digérer, à nourrir la paroi intestinale et à réguler l’immunité. Parmi eux, Faecalibacterium prausnitzii est l’une des bactéries les plus abondantes chez l’adulte sain et sa présence élevée se trouve associée à un bon état de santé, alors que des niveaux bas ont été liés à des MICI et à certains cancers.

Chez les patients souffrant de maladie de Crohn, les études retrouvent fréquemment une forte diminution de cette espèce. Ses propriétés anti-inflammatoires avaient déjà été mises en évidence dans des modèles de colite : stimulation de la production d’interleukine-10 (IL-10), cytokine apaisante, et soutien de mécanismes de défense des cellules de la paroi intestinale comme l’autophagie.

Restait à comprendre, en détail, comment elle dialoguait avec les cellules immunitaires humaines.

Comment une bactérie reprogramme les monocytes dans les MICI

Les chercheurs ont isolé des cellules immunitaires du sang et de la muqueuse intestinale de patients atteints de MICI et de témoins non malades. Ces cellules ont été mises en contact avec la souche EXL01 de Faecalibacterium prausnitzii, avec d’autres bactéries intestinales ou avec une molécule bactérienne très inflammatoire appelée LPS.

Les résultats montrent que, dans le sang comme dans l’intestin, Faecalibacterium prausnitzii induit directement la production, par les monocytes humains, d’IL-10, une cytokine clé aux propriétés anti-inflammatoires. Cette réponse protectrice se distingue nettement de celle provoquée par d’autres bactéries. Au-delà de l’induction de la production d’IL-10, une véritable reprogrammation complète du métabolisme énergétique des monocytes est induite par la bactérie.

Vers des biothérapies vivantes dans la maladie de Crohn

Ces données soutiennent l’idée d’utiliser Faecalibacterium prausnitzii comme biothérapeutique vivante pour les MICI, voire pour d'autres maladies inflammatoires. La souche EXL01 est en développement dans l’inflammation intestinale, et un essai chez l’humain a évalué son effet sur le maintien de la rémission de la maladie de Crohn. Les premiers résultats sont annoncés pour 2026, préalable à une possible mise à disposition.

EN BREF

  • Des chercheurs français analysent Faecalibacterium prausnitzii dans les MICI, en particulier la maladie de Crohn, pour comprendre son rôle clé dans l’inflammation intestinale.
  • Les expériences montrent que cette bactérie modifie profondément les monocytes CD14+ et leur métabolisme énergétique, avec un profil de cytokines différent d’un signal inflammatoire classique.
  • Ces résultats soutiennent l’idée de biothérapies vivantes comme EXL01, mais plusieurs étapes scientifiques et cliniques restent à franchir avant d’en mesurer l’impact réel.


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