2026-02-15

De «bonnes» bactéries pour prévenir et traiter le cancer?


Depuis cinq à dix ans, la littérature scientifique, souvent générée au Québec par des chercheurs émergents, abonde en études qui suggèrent un autre facteur de risque en lien avec le cancer

Plusieurs facteurs augmentant le risque de développer le cancer sont connus. Certains sont non modifiables, comme la susceptibilité génétique. D’autres facteurs sont liés à l’environnement ainsi qu’aux habitudes personnelles et sont parfois évitables ou modifiables, comme le tabagisme, l’usage important d’alcool, les diètes fortes en aliments ultratransformés, la sédentarité, etc.

Depuis cinq à dix ans, la littérature scientifique, souvent générée au Québec par des chercheurs émergents, abonde en études qui suggèrent un autre facteur de risque lié au cancer: la flore bactérienne intestinale, autrement appelée «microbiome». Il faut dégager trois importantes associations à cet égard:

  • Le risque de développer un cancer;
  • La probabilité de répondre aux traitements contre le cancer;
  • Le risque de subir des effets secondaires d’un traitement antinéoplasique.


Microbiome et risque de cancer.

Le microbiome se définit par deux aspects déterminants:

  • La diversité bactérienne présente;
  • La présence de bactéries spécifiques.

En effet, la diversité bactérienne et la présence de certaines «bonnes» bactéries témoignent d’un microbiome sain, rendant moins susceptible de développer un cancer. Pour les cancers intestinaux et coliques, on peut déduire certains mécanismes en lien avec cette prémisse. Un «mauvais» microbiome (qui présente peu de diversité et des bactéries défavorables):

  • Cause de l’inflammation au niveau intestinal;
  • Peut produire une quantité non négligeable de métabolites ayant un effet oxydatif direct sur les cellules intestinales.

Ces deux mécanismes favorisent des altérations de l’ADN et secondairement, le cancer.

Les associations avec un diagnostic de cancer sont aussi rapportées pour d’autres types de cancers, comme ceux du pancréas, du sein, et dans un moindre degré, pour les cancers pulmonaires et du cerveau. Dans ce contexte, alors que le contact avec les bactéries n’est pas direct, les études évoquent une modulation du système immunitaire ou l’absorption de substances produites au niveau intestinal qui ont une action sur des tissus à distance.

Microbiome et réponse au traitement

De multiples études ont présenté des associations avec certaines caractéristiques du microbiome intestinal et la capacité à répondre au traitement. C’est particulièrement le cas pour les thérapies ciblées et l’immunothérapie. En effet, il semble que via divers mécanismes encore en investigation, le «bon» microbiome intestinal module le système immunitaire, favorisant l’efficacité de thérapies immunes dans divers types de cancers, dont les cancers du rein, du poumon et de la peau (mélanomes). On parle d’un facteur prédictif de la réponse au traitement. Ce qui est encore plus étonnant et intrigant pour les scientifiques, c’est qu’on décèle maintenant, au-delà de l’intestin, du matériel bactériologique se retrouvant directement dans la tumeur et influant sur la réponse immune.

De tels constats mènent clairement à une question scientifique brûlante: est-ce qu’on devrait modifier le microbiome intestinal pour le rendre «bon», en faisant une transplantation des selles, c’est-à-dire remplacer les selles au niveau du colon du patient avec cancer par celles d’un individu avec une flore bactérienne normale? Ceci pourrait augmenter la capacité à répondre au traitement contre le cancer, et spécifiquement pour l’immunothérapie. Quelques études, dont plusieurs sont canadiennes et montréalaises, semblent dévoiler que c’est une option valable qui demande confirmation et validation par des études plus grandes et contrôlées.

Microbiome et effets secondaires du traitement antinéoplasique

C’est ici un champ d’études moins documenté, mais pour divers types de cancers, le «mauvais» microbiome intestinal semble accentuer le risque de développer des effets secondaires sévères et incommodants. La diarrhée est le premier effet reconnu, associé à diverses études. Par contre, des effets secondaires non intestinaux sont aussi probablement modulés par le «mauvais» microbiome intestinal, par exemple:

  • La toxicité cardiaque de la chimiothérapie chez les patientes avec cancer du sein;
  • Les ulcères buccaux pour ceux qui ont un cancer de la gorge;
  • Le risque de développer une infection pour les leucémiques.
Pas la seule réponse

Le microbiome n’explique pas toute l’expérience avec le cancer, bien qu’on sache maintenant qu’il est incontournable pour expliquer l’apparition et l’évolution de la maladie.

On sait à quel point l’humain modifie son environnement. À l’inverse, la scientifique Kheira Chakor a simplifié sa recherche en disant: «C’est la nature qui fait l’homme.» Le microbiome, bon ou mauvais, en fait partie. La science saura nous monter si l’on peut altérer la nature au bénéfice du contrôle du cancer.


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