2026-02-11
Des experts et des spécialistes des domaines médical, des affaires religieuses et de la justice ont prit part, hier, à la journée parlementaire organisée par le Conseil de la nation, consacrée à une thématique importante liée à «la transplantation d’organes humains en Algérie».
Un sujet examiné sous ses dimensions religieuses, juridiques et médicales. Cette rencontre a mis en lumière la complexité et la sensibilité du sujet, qui conjugue progrès scientifique, exigences éthiques, références religieuses et cadres juridiques, tout en étant directement lié au destin de milliers de patients en quête d’une seconde chance de vie.
Lors de cette rencontre, certains intervenants ont souligné la nécessité de renforcer l’organisation nationale autour de cette pratique, notamment par la mise en place d’une «banque de données centralisée» permettant un suivi rigoureux des donneurs et des receveurs. D’autres ont insisté sur l’urgence de développer davantage la transplantation rénale, toujours insuffisante face aux besoins croissants des patients en dialyse, et l’annonce du lancement imminent de la greffe cardiaque qui marque un pas significatif dans l’élargissement des types de greffes disponibles en Algérie.
Les spécialistes ont également mis en évidence l’importance d’un cadre juridique et éthique solide, garantissant à la fois la sécurité des patients et le respect des valeurs humaines et religieuses, ainsi que la nécessité d’une coopération interhospitalière renforcée et de programmes de formation continue pour le personnel médical. Représentant du ministère de la Santé, Mohamed Talhi a présenté un bilan chiffré de la transplantation en Algérie.
Selon lui, environ 1600 greffes rénales ont été réalisées à ce jour, un chiffre encore très inférieur aux besoins réels des patients souffrant d’insuffisance rénale. La première transplantation rénale à partir d’un donneur vivant remonte à 1986 au CHU Mustapha. Quant aux autres types de greffes, la première transplantation de moelle osseuse a été effectuée en 1998 et celle du foie en 2003. «Ces interventions sont aujourd’hui assurées par plusieurs établissements hospitaliers publics et universitaires à travers le pays», précise-t-il.
Il a rappelé que cette activité s’est véritablement développée après la promulgation de la loi n°85-05 du 16 février 1985 relative à la protection et à la promotion de la santé, qui a fixé les conditions de don et de prélèvement d’organes ainsi que les critères médicaux et juridiques d’établissement du décès. Talhi a également annoncé que des programmes ambitieux sont en cours de concrétisation et supervisé par l’Agence nationale de transplantation d’organes. Il a énuméré la relance de la greffe hépatique et le lancement imminent de la greffe cardiaque, avec une priorité accordée à la formation et à l’échange d’expertises avec des pays avancés dans ce domaine.
A l’ouverture de cette rencontre, le président de la chambre haute du Parlement, Azouz Nasri, a expliqué que l’objectif de cette journée est de proposer une vision globale et cohérente pour promouvoir une conscience correcte et une pratique appropriée de la transplantation d’organes.
Il a insisté sur l’importance de créer une banque d’organes en Algérie, dotée d’un cadre légal strict et de normes médicales précises, tout en équilibrant la nécessité thérapeutique et la protection des valeurs humaines. Selon Nasri, la transplantation d’organes touche directement aux droits fondamentaux de l’homme, notamment le droit à la vie, la santé et la dignité corporelle, et doit être encadrée par des règles claires garantissant le consentement libre du donneur, la surveillance des interventions par des institutions agréées et l’interdiction absolue du trafic d’organes.
A cet effet, il a noté que la préservation de la vie humaine prime sur tout autre objectif, conformément aux principes de la Charia, et que la coordination entre les différents secteurs est essentielle pour garantir la sécurité et la dignité des patients. De son côté, le Dr Habib Douagui, président de la commission de la santé, des affaires sociales et du travail au Sénat, a insisté sur le fait que la greffe d’organes n’est pas un simple acte chirurgical, mais constitue un indicateur majeur de la performance du système de santé et de sa capacité à assurer un suivi durable et équitable des patients.
Il a souligné que ce progrès scientifique exige «un accompagnement global» comprenant «une référence religieuse claire» pour rassurer la société, «un cadre juridique solide» pour protéger le donneur et le receveur, ainsi «qu’une organisation sanitaire efficace» garantissant transparence, équité et formation continue des compétences médicales.
Pour Douagui, l’Algérie est aujourd’hui appelée à passer d’initiatives limitées à une stratégie nationale intégrée, incluant le développement des banques d’organes, la coopération interhospitalière et la réduction des listes d’attente, tout en plaçant la dignité et la vie du citoyen comme priorité des politiques publiques. Pour ce qui est du volet religieux, Mabrouk Zaid El Kheir, président du Haut-Conseil islamique (HCI), a abordé la transplantation d’organes sous l’angle «de la médecine moderne» et de «l’ijtihad jurisprudentiel». Il a rappelé que les avis des juristes se sont partagés entre ceux opposés à la transplantation, considérant «l’atteinte au corps humain comme une violation de sa dignité», et ceux favorables, fondant leur position sur des principes tels que «la nécessité autorise l’interdit et la primauté de l’intérêt vital». Aujourd’hui, affirme-t-il, la plupart des instances religieuses reconnaissent la licéité de la transplantation, à condition qu’elle respecte «la dignité du vivant et du défunt», évite «tout préjudice ou exploitation et privilégie l’intérêt du patient vivant». Dans cette optique, Zaid El Kheir a rappelé l’importance des fatwas et travaux des savants, tels que ceux du cheikh Ahmed Hamani, qui ont permis d’établir un cadre religieux clair autorisant le don d’organes dans le respect des valeurs islamiques et de l’éthique médicale. Par ailleurs, et sur le plan juridique, le représentant du ministère de la Justice a présenté l’approche légale algérienne. Il a précisé que le droit national autorise le don d’organes sous des conditions strictes, notamment le consentement éclairé du donneur et l’absence de toute transaction financière. La transplantation en Algérie se fait gratuitement dans les établissements publics, garantissant l’accès aux soins pour tous. Concernant le prélèvement post-mortem, il reste soumis à des règles précises et au consentement du défunt ou, en son absence, à celui de la famille, en conformité avec les avis religieux et scientifiques. Le représentant de la Justice a souligné «la nécessité d’un texte juridique spécifique regroupant l’ensemble des principes et procédures de la transplantation, afin de renforcer la sécurité juridique et éthique de cette pratique».
ParNabila Amir
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