2026-01-25
Une pathologie rare peut suffire à faire s’effondrer l’œil sur lui-même, alors même que la rétine reste capable de voir. En restaurant la structure interne du globe oculaire, une approche médicale inédite ouvre une voie thérapeutique là où les solutions classiques échouaient depuis des années.
Lorsque la vision s’efface, ce n’est pas toujours la rétine qui cesse de fonctionner. Dans certains cas, l’œil perd d’abord sa forme, puis sa capacité à transmettre une image exploitable au cerveau. Cette mécanique fragile se révèle au cœur de l’hypotonie oculaire, une affection rare mais redoutable. Longtemps considérée comme une impasse thérapeutique, elle fait aujourd’hui l’objet d’une approche inattendue, fondée non pas sur une chirurgie lourde, mais sur la restauration physique de l’œil lui-même.
L’hypotonie oculaire se caractérise par une pression anormalement basse à l’intérieur du globe. Privé de sa tension naturelle, l’œil perd sa rigidité, se déforme, puis s’affaisse progressivement. Cette déformation altère la trajectoire de la lumière et empêche la rétine de remplir correctement son rôle, même lorsque les cellules visuelles restent intactes.
La pathologie peut survenir après un traumatisme, une inflammation chronique ou certaines interventions chirurgicales. Elle apparaît parfois comme une complication tardive, longtemps après un événement initial que le patient pensait résolu. Sans traitement efficace, l’évolution conduit souvent à une perte visuelle sévère, parfois irréversible.
Jusqu’ici, les options thérapeutiques restaient limitées. Les médecins tentaient d’augmenter artificiellement la pression à l’aide de stéroïdes ou d’huiles de silicone. Ces solutions permettaient de redonner temporairement du volume à l’œil, mais au prix d’effets secondaires notables. La toxicité à long terme et la mauvaise transparence du silicone laissaient les patients avec une vision floue, sans véritable récupération fonctionnelle.
Face à ces limites, une équipe de l’hôpital Moorfields à Londres a exploré une piste plus simple en apparence. Leur idée reposait sur un principe mécanique clair. Si l’œil ne voit plus parce qu’il s’est affaissé, il faut d’abord lui rendre sa forme avant d’espérer améliorer la vision. Cette logique a conduit à l’utilisation d’un gel transparent à base d’hydroxypropyl méthylcellulose, déjà employé en chirurgie oculaire pour protéger ou maintenir la structure de l’œil.
Plutôt que de l’utiliser ponctuellement, les médecins ont choisi de l’injecter directement dans la cavité principale de l’œil, de manière répétée et contrôlée. Cette injection oculaire contre l’hypotonie permet de restaurer progressivement la pression interne, sans obstruer le passage de la lumière. Le gel, clair et aqueux, offre un environnement optique bien plus favorable que les solutions précédentes.
Les premiers résultats cliniques se sont révélés spectaculaires. Selon une étude pilote publiée dans le British Journal of Ophthalmology et relayée par la BBC, sept patients sur huit ont montré une amélioration nette de leur vision après plusieurs mois de traitement. Chez certains, la capacité à lire sur un tableau d’acuité visuelle s’est partiellement rétablie, un résultat jugé auparavant hors de portée.
Cette avancée ne constitue toutefois pas une solution universelle. L’efficacité du traitement dépend d’un critère essentiel. Les cellules rétiniennes doivent encore être fonctionnelles. Si la rétine ou le nerf optique sont trop endommagés, restaurer la forme de l’œil ne suffit plus à recréer une vision exploitable.
Les médecins insistent donc sur la nécessité d’une sélection rigoureuse des patients. Le traitement s’adresse avant tout à ceux dont la vision a disparu pour des raisons mécaniques, et non neurologiques. C’est cette distinction qui explique pourquoi certains patients obtiennent des résultats remarquables, tandis que d’autres ne pourraient en tirer aucun bénéfice.
À ce stade, une trentaine de patients ont déjà été traités à Moorfields grâce à un financement caritatif, avec des injections réalisées toutes les trois à quatre semaines sur une période d’environ dix mois. Les spécialistes espèrent affiner leurs critères de diagnostic afin d’identifier plus tôt les profils susceptibles de répondre au traitement. Le journal britannique Mirror rapporte que cette approche pourrait, à terme, concerner plusieurs centaines de patients chaque année au Royaume-Uni, à condition que la recherche confirme ces premiers résultats.
Sans promettre de miracles, cette stratégie marque un changement profond dans la manière d’aborder certaines formes de cécité. En s’attaquant à la structure même de l’œil plutôt qu’à ses symptômes, elle redonne une perspective longtemps absente pour des patients condamnés à l’adaptation plutôt qu’à la récupération.
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