2026-01-13
Face à la multiplication des potions prétendument miraculeuses, vendues au grand public pour soigner toutes sortes de maladies, le Conseil régional de l’Ordre des médecins tire la sonnette d’alarme. Le Pr Azzedine Ayadi, président du Conseil régional de l’Ordre des médecins de Annaba, explique les risques sanitaires, les implications déontologiques et les sanctions encourues par les médecins qui se livreraient à de telles pratiques.
Pr Ayadi Azzedine, on assiste à une prolifération de potions dites «magiques» ou «miraculeuses», censées guérir des maladies parfois graves. Comment l’Ordre des médecins analyse-t-il ce phénomène ?
C’est un phénomène extrêmement préoccupant. Nous parlons de produits dépourvus de toute validation scientifique, commercialisés en dehors de tout cadre réglementaire, et souvent accompagnés d’allégations thérapeutiques mensongères. Ces pratiques relèvent clairement du charlatanisme médical et constituent un danger réel pour la santé publique.
Ils sont multiples. D’abord, le retard de prise en charge médicale : un patient qui croit à une potion miracle peut abandonner un traitement efficace. Ensuite, le risque toxique, car la composition de ces produits est inconnue ou non contrôlée. Enfin, il y a un préjudice psychologique et financier, car ces vendeurs exploitent souvent la détresse des personnes malades ou vulnérables.
Qu’en est-il lorsque des médecins eux-mêmes font la promotion de ces produits dits «miraculeux»
Lorsqu’un médecin fait la publicité d’un produit non validé scientifiquement ou avance des promesses de guérison infondées, il viole gravement le code de déontologie médicale. Ces actes peuvent entraîner des sanctions disciplinaires sévères, allant de l’avertissement à la suspension, voire à la radiation de l’Ordre. Dans certains cas, des poursuites pénales peuvent également être engagées, notamment pour tromperie ou mise en danger de la vie d’autrui. Le médecin a un devoir d’exemplarité.
Il faut être très clair : la médecine traditionnelle ne peut pas servir de prétexte à la fraude. Toute substance présentée comme un traitement doit répondre aux mêmes exigences de sécurité, d’efficacité et de traçabilité. L’argument du «savoir ancestral» est souvent instrumentalisé pour contourner les règles et tromper le public.
Oui, lorsqu’il y a exercice illégal de la médecine ou allégations thérapeutiques trompeuses, la loi est formelle. Seul un médecin qualifié est habilité à poser un diagnostic et à prescrire un traitement. Vendre une potion en promettant la guérison d’un cancer, du diabète ou d’autres maladies graves constitue une infraction pénale.
Notre rôle est triple. D’abord, alerter les autorités compétentes. Ensuite, sensibiliser le public sur les dangers du charlatanisme. Enfin, protéger l’éthique médicale, en rappelant que la médecine repose sur des preuves scientifiques et sur la responsabilité morale du soignant envers le patient.
Absolument. Les réseaux sociaux sont devenus un vecteur majeur de désinformation médicale. Des individus sans aucune compétence y diffusent des messages pseudo-scientifiques avec une mise en scène très persuasive. Cela impose une vigilance accrue, tant de la part des autorités que des citoyens.
Un message simple. Il n’existe pas de potion magique. Toute promesse de guérison rapide et universelle est un signal d’alerte. En cas de maladie, il faut consulter un professionnel de santé qualifié et se méfier des solutions présentées comme «miraculeuses».
Il est indispensable de renforcer les contrôles, les sanctions et la communication préventive. La lutte contre le charlatanisme n’est pas seulement une question médicale, c’est une question de protection des citoyens.
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