2026-01-01

Les racines invisibles de la démence se forment dès les premières années de vie


Les grandes maladies cognitives ne surgissent pas de manière brutale au fil du vieillissement. De nouvelles données suggèrent que des événements très précoces, parfois antérieurs à l’enfance, influencent la trajectoire cérébrale sur plusieurs décennies, avec des effets mesurables bien plus tard.

Quand on pense à la démence, on l’imagine surgir à l’aube du grand âge, comme une malédiction liée au temps. Pourtant, les dernières avancées scientifiques déplacent le curseur bien en amont. Loin d’être un simple effet de l’usure neuronale, la maladie s’appuierait sur des fragilités très anciennes, souvent imperceptibles, parfois enfouies dans les premiers jours de vie. Ce changement de perspective oblige à repenser entièrement les stratégies de prévention, non plus centrées sur les séniors, mais sur les enfants et leurs parents.


La démence ne naît pas à l’âge mûr, elle s’y révèle

Si l’on traque la démence à travers les scanners et les troubles cognitifs du grand âge, on en oublie parfois que les origines de cette pathologie sont invisibles pendant des décennies. Une vaste étude suédoise, menée sur plus de 1,5 million de personnes nées entre 1932 et 1950, révèle que certains éléments présents dès la naissance peuvent augmenter sensiblement le risque de développer une démence à l’âge adulte. Les chercheurs ont identifié trois facteurs démographiques liés à la naissance : être issu d’une grossesse gémellaire, naître d’une mère âgée de plus de 35 ans ou arriver peu de temps après un autre enfant (moins de 18 mois d’écart). Aucun de ces éléments ne cause directement la démence, mais ils sont tous associés à un risque accru d’environ 5 à 16%, selon les données analysées par l’équipe de Fischer, Lövdén et Seblova dans The Journals of Gerontology: Series B.

Ces résultats s’appuient sur des données de santé publiques, croisant les diagnostics hospitaliers de démence et les caractéristiques de naissance. Les jumeaux, par exemple, présentent un risque particulièrement élevé, probablement en raison de complications prénatales plus fréquentes. De même, les grossesses rapprochées ou tardives entraînent souvent la naissance de nourrissons au faible poids ou présentant des retards de croissance intra-utérins, autant de marqueurs que les chercheurs associent à une vulnérabilité cérébrale plus marquée avec le temps.

Des facteurs de risque précoces de la démence identifiés dès la naissance

Cette idée d’un terrain cérébral façonné dès les premiers instants n’est pas nouvelle, mais elle gagne en précision. D’autres travaux s’appuyant sur des cohortes suivies tout au long de leur vie montrent que les capacités cognitives à 70 ans dépendent largement de celles observées dès l’enfance. Une personne ayant obtenu de faibles résultats à des tests cognitifs à 11 ans aura plus de chances de développer une démence, non parce que son déclin est plus rapide, mais parce que son niveau de départ était déjà plus bas.

The Conversation insiste sur ce point. Les premiers dix ans de la vie (et même la période prénatale) influencent durablement la santé cérébrale future. Les différences de structure cérébrale visibles à l’IRM chez les patients atteints de démence peuvent parfois être mises en relation avec des événements de la toute petite enfance. Une naissance difficile, une privation sensorielle ou une exposition précoce à des facteurs de stress pourraient ainsi perturber des trajectoires cérébrales sans en révéler les conséquences avant des décennies.

Le mécanisme en jeu repose notamment sur les notions de réserve cognitive et de réserve cérébrale. Ces deux concepts décrivent la capacité du cerveau à résister aux agressions liées à l’âge ou à la maladie. Un cerveau qui dispose d’une réserve élevée au départ parvient à compenser plus longtemps les pertes neuronales. À l’inverse, lorsqu’il subit des altérations précoces, il peine davantage à masquer l’apparition des symptômes.

Des pistes concrètes pour protéger le cerveau dès les premières années

Faut-il en conclure que tout se joue avant même notre premier souvenir ? Pas tout à fait, mais l’appel à agir plus tôt résonne fortement dans les milieux scientifiques. Un rapport coordonné par le Global Brain Health Institute, publié dans The Lancet: Healthy Longevity, propose une série de recommandations concrètes pour intégrer les jeunes adultes dans les stratégies de prévention. Ces experts suggèrent de penser la santé cérébrale comme un capital à entretenir dès l’adolescence, voire dès la naissance. Cela passe par un meilleur suivi prénatal, des campagnes de sensibilisation à l’école sur l’impact du sommeil, de l’alimentation, de la pollution ou encore du stress sur le cerveau.

Dans cette optique, les chercheurs plaident pour des politiques publiques ambitieuses. Taxer les produits nocifs pour le cerveau, intégrer la santé cognitive dans les programmes scolaires, ou encore créer des conseils citoyens jeunesse sur la santé cérébrale font partie des leviers explorés. D’après ScienceAlert, près de 45% des cas de démence pourraient être évités en réduisant l’exposition aux principaux facteurs modifiables, dont une partie se joue dès l’enfance.

Loin de reléguer la prévention à la retraite, ces approches réhabilitent donc l’enfance et la périnatalité comme périodes stratégiques. Ce changement de paradigme offre ainsi une voie prometteuse. Plutôt que d’agir quand le cerveau décline, il faut miser sur les premières années pour en renforcer les fondations. Car c’est souvent bien avant les premiers oublis que tout commence.

EN BREF

  • Une étude suédoise sur 1,5 million de personnes nées entre 1932 et 1950 révèle des facteurs de risque de démence présents dès la naissance.
  • Les facteurs identifiés incluent la naissance gémellaire, une mère âgée de plus de 35 ans, et un intervalle de moins de 18 mois entre les naissances.
  • Prévenir la démence dès l'enfance pourrait réduire les cas de 45%, en misant sur la santé cérébrale dès la naissance.


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