2025-12-10

Les cheveux gris pourraient révéler que votre corps se protège naturellement contre le cancer selon une étude japonaise


Une étude bouleverse notre compréhension du vieillissement capillaire. Les cheveux gris, loin d’être une simple manifestation de l’âge, pourraient refléter un mécanisme de défense cellulaire crucial face au cancer de la peau. Une découverte qui éclaire d’un jour nouveau les liens entre vieillissement et oncologie.

Les cheveux gris sont souvent perçus comme un simple marqueur du vieillissement. Pourtant, une recherche menée par l’Institut des Sciences Médicales de l’Université de Tokyo, publiée en octobre 2025 dans Nature Cell Biology, propose une lecture radicalement différente : le blanchissement capillaire pourrait être un signal visible d’un mécanisme de protection contre le cancer. En analysant le comportement des cellules souches pigmentaires, responsables de la couleur des cheveux, les chercheurs ont découvert qu’en cas de dommages à l’ADN, ces cellules optent parfois pour l’autodestruction plutôt que de risquer une mutation cancéreuse.

Cette stratégie cellulaire, appelée seno-différenciation, aboutit à la perte de couleur mais limite les risques de mélanome. Dans certains cas toutefois, cette voie est contournée, ouvrant la porte à la formation de tumeurs. Ces travaux établissent un lien inattendu entre vieillissement cellulaire et cancérogenèse.

Les cellules souches pigmentaires sous pression : un dilemme biologique face aux dommages de l’ADN

Au cœur des follicules pileux, les cellules souches de mélanocytes (McSCs) assurent le renouvellement des cellules pigmentaires responsables de la couleur des cheveux. Ces cellules sont capables de rester dormantes, de se diviser ou de se différencier en fonction des signaux reçus de leur microenvironnement. Mais lorsqu’elles subissent des lésions de l’ADN — notamment des cassures double-brin — une voie spécifique s’active : la seno-différenciation. Ce processus, mis en évidence par l’équipe de l’Université de Tokyo, pousse les McSCs à se différencier de manière irréversible. Puis elles disparaissent, entraînant une perte de pigmentation et donc l’apparition de cheveux gris.

Ce mécanisme repose sur l’activation de la voie p53–p21, bien connue pour son rôle dans la réponse au stress cellulaire et la prévention des tumeurs. La cellule se sacrifie, face à un ADN trop altéré, que de risquer une division instable et potentiellement cancérogène. C’est donc un acte de protection à l’échelle cellulaire.

© Université de Tokyo

Sous rayons X, les cellules souches pigmentaires cessent de se renouveler, provoquant le grisonnement. Exposées à des cancérogènes, elles activent la voie KIT et un métabolisme pro-tumoral, favorisant le mélanome.


La recherche a été conduite chez la souris à l’aide de techniques de traçage cellulaire in vivo et d’analyses d’expression génétique. Les chercheurs ont pu observer, dans les phases précises du cycle pilaire, que les cellules endommagées enclenchaient cette différenciation terminale en réponse aux dommages induits par des rayons X. Cela n’est pas sans conséquence pour la santé tissulaire globale. Le blanchiment des cheveux devient un indicateur de cette capacité du corps à éliminer les cellules potentiellement dangereuses de façon naturelle.

Quand le mécanisme se dérègle : comment les cancérogènes court-circuitent la protection naturelle

Si la seno-différenciation permet d’éviter les divisions anarchiques des McSCs endommagées, elle peut être contournée dans certaines conditions. L’étude montre que l’exposition à des agents cancérogènes comme le DMBA (7,12-diméthylbenz[a]anthracène) ou aux rayons UVB inhibe cette voie protectrice, même en présence de dommages génétiques. Résultat : les cellules souches pigmentaires conservent leur capacité à se renouveler, malgré un ADN altéré. Ce phénomène accroît alors le risque de formation de clones pré-mélanomateux.

Le contournement de la seno-différenciation s’explique par la présence de signaux spécifiques dans le microenvironnement du follicule. L’un des acteurs clés identifiés est le KIT ligand (KITL), une protéine sécrétée à la fois par les cellules de la niche folliculaire et par l’épiderme. Ce facteur de croissance active la voie de signalisation KIT, qui inhibe la voie p53–p21. En d'autres termes, le signal qui ordonne normalement à la cellule endommagée de se retirer se voit neutralisé.

Des modèles murins génétiquement modifiés ont confirmé cette observation. Les souris surexprimant KITL présentent une persistance des McSCs endommagées après exposition aux carcinogènes, avec un risque accru de développement de lésions mélanocytaires. À l’inverse, les souris privées de KITL dans la niche folliculaire montrent une activation renforcée de la voie p53 et un grisonnement plus marqué. Mais une réduction du risque de mélanome.

Ce basculement du destin cellulaire met en lumière une fragilité critique. La même cellule peut devenir un bouclier contre le cancer ou le point de départ d’une tumeur, selon les signaux extérieurs. Cette plasticité souligne combien les environnements cellulaires modulent directement les réponses face aux agressions cancérogènes.

Vieillissement et affaiblissement de la niche : un terrain fertile pour le risque oncologique

Le vieillissement n’affecte pas seulement les cellules, mais aussi leur environnement, ce que nous avons appelé « niche ». Il s’agit d’un microcosme tissulaire qui régule leur comportement. Avec l’âge, cette niche devient moins efficace pour guider les cellules souches vers une réponse adaptée au stress. Cela constitue l’une des conclusions majeures tirées des travaux de l’équipe de Nishimura.

Chez les souris âgées, les chercheurs ont observé une diminution significative de l’activité de la voie p53 dans la niche folliculaire, en particulier dans les cellules souches kératinocytaires qui cohabitent avec les McSCs. Cette baisse de signalisation s’accompagne d’une réduction des cytokines essentielles, telles que KITL, mais aussi de molécules impliquées dans la détection des dommages à l’ADN.

Résultat : les cellules souches pigmentaires âgées sont moins enclines à entrer en seno-différenciation après des dommages, et plus susceptibles de persister malgré un ADN endommagé. Ce déséquilibre fragilise la surveillance cellulaire et favorise, à long terme, l’apparition de mutations oncogéniques.

Les chercheurs ont aussi mis en évidence que des gènes liés au métabolisme de l’acide arachidonique — une voie impliquée dans la signalisation inflammatoire — sont plus activés dans la peau vieillissante. Cela pourrait participer à la dérégulation de la réponse au stress.

Cette découverte éclaire un aspect souvent sous-estimé du vieillissement. Il ne s’agit pas seulement d’un déclin progressif, mais aussi d’une altération des signaux tissulaires qui orientent les cellules. Dans ce contexte, les cheveux gris ne suffisent plus à refléter une élimination efficace des cellules abîmées. Leur apparition pourrait devenir moins fréquente, au prix d’un risque accru de transformation maligne silencieuse.

Cheveux gris et cancer deux destins issus d’un même système de décision cellulaire

Au lieu d’opposer vieillissement et cancer, ces récents travaux invitent à les considérer comme les deux faces d’une même médaille : celle des décisions prises par les cellules souches en réponse au stress. Le blanchiment des cheveux résulterait, dans ce cadre, d’un mécanisme de senolyse naturelle — une élimination contrôlée des cellules à risque.

Cette approche réconcilie deux dynamiques souvent vues comme indépendantes. D’une part, la perte progressive de fonctions biologiques avec l’âge et d’autre part, la prolifération anarchique des cellules dans les cancers. En réalité, ces phénomènes se montrent intimement liés par la manière dont l’organisme gère les cellules endommagées.

L’expression « fates antagonistes » employée par les auteurs dans leur communiqué résume bien cette tension. La même cellule peut prendre deux directions : soit se sacrifier pour préserver l’intégrité du tissu, soit persister et risquer de devenir tumorale. Ce choix dépend à la fois du type de stress reçu (génotoxique ou carcinogène) et de la qualité des signaux émis par son environnement immédiat.

Cette dualité permet aussi de comprendre pourquoi certains individus développent des mélanomes sans exposition importante aux UV ou autres facteurs de risque. Il se pourrait que, chez eux, la signalisation pro-différenciation soit affaiblie ou contournée, permettant la survie de cellules endommagées.

En fin de compte, les cheveux gris apparaissent comme le témoin discret d’un arbitrage biologique permanent. Comprendre les circuits qui orientent ce choix ouvre la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques. Renforcer la seno-différenciation pourrait, demain, devenir un levier de prévention contre certains cancers cutanés.

EN BREF

  • En octobre 2025, l'Université de Tokyo révèle que les cheveux gris pourraient signaler un mécanisme de protection contre le cancer.
  • Les cellules souches pigmentaires s'autodétruisent face aux dommages ADN pour éviter les mutations cancéreuses, causant le blanchissement des cheveux.
  • Comprendre ce mécanisme pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de prévention contre le cancer cutané.


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