2025-11-07
En dix ans, les autodiagnostics de difficultés cognitives se sont envolés parmi les jeunes adultes aux États-Unis. Loin d’être anecdotiques, ces chiffres traduisent une pression mentale croissante et une vulnérabilité jusqu’ici sous-estimée.
Oublis fréquents, perte de concentration, difficulté à prendre des décisions : ces signes ne touchent plus seulement les personnes âgées. Aux États-Unis, les données compilées sur dix ans tracent une courbe inattendue. La génération des 18–39 ans devient, à la surprise des chercheurs, le principal moteur de l’augmentation des troubles cognitifs. Une inversion des repères qui oblige à revoir certaines idées reçues sur la fragilité mentale.
Entre 2013 et 2023, plus de 4,5 millions d’Américains ont répondu à l’enquête de santé publique BRFSS, menée par les Centres de contrôle des maladies. Parmi les questions posées figurait celle de la capacité à se concentrer, se souvenir ou prendre des décisions. Les chercheurs ont analysé ces réponses en excluant les personnes atteintes de dépression diagnostiquée, afin de mieux isoler les troubles cognitifs liés à d'autres facteurs. Le résultat principal a été publié dans la revue Neurology à l’automne 2025.
Sur l’ensemble de la population adulte, la prévalence déclarée d’un handicap cognitif est passée de 5,3% à 7,4% en dix ans. Mais ce chiffre global masque une bascule générationnelle. Chez les jeunes adultes de 18 à 39 ans, la part des répondants se déclarant affectés a bondi de 5,1% à 9,7%. Ce groupe devient ainsi le principal vecteur de la tendance à la hausse. À l’inverse, les plus de 70 ans enregistrent une légère baisse, de 7,3% à 6,6%, une évolution qui semble contre-intuitive à première vue.
Cette progression soulève des inquiétudes car elle rompt avec le schéma classique du vieillissement cognitif. Xataka, qui a relayé ces résultats, souligne que plusieurs explications s’imbriquent sans s’exclure. D’un côté, les jeunes adultes déclarent plus facilement leurs difficultés, ce qui peut refléter une plus grande sensibilisation à la santé mentale et cognitive. D’un autre, certains facteurs sociaux semblent renforcer objectivement ces difficultés.
Le revenu apparaît comme un levier puissant. Chez les jeunes touchant moins de 35 000 dollars par an (30 000 euros), la part de troubles déclarés atteint 12,7% en 2023. Le niveau d’éducation joue aussi un rôle. Sans diplôme secondaire, la prévalence monte à 12,7%, contre 3,6% seulement chez les diplômés de l’enseignement supérieur. L’âge auquel le cerveau atteint son pic de concentration, situé entre 27 et 36 ans, pourrait également amplifier les effets d’un environnement stressant, en accroissant les exigences attentionnelles et la charge mentale.
Les résultats ne se contentent pas d’indiquer un phénomène isolé. Ils pointent une tendance structurelle qui pourrait redéfinir la santé publique, l’organisation du travail et l’éducation. Si les jeunes actifs sont déjà plus nombreux à se déclarer en difficulté pour se concentrer ou décider, cela aura des répercussions à long terme sur leur performance professionnelle, leur accès aux soins préventifs et leur stabilité psychologique.
Les effets cumulés des inégalités économiques, de la surcharge numérique et des tensions professionnelles pourraient produire une génération plus vulnérable sur le plan cognitif que celle qui la précède. Cette bascule soulève des enjeux nouveaux pour les décideurs. L’environnement cognitif des jeunes n’est plus un simple terrain d’expérimentation digitale ou éducative. Il devient un marqueur de santé à surveiller autant que le diabète ou l’hypertension.
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