2025-09-23
Selon une étude française publiée le 19 septembre dans la revue iScience, dix jours dans un environnement stimulant suffiraient à préserver la mémoire de manière durable chez des souris atteintes de démence.
La maladie d’Alzheimer est la maladie neurodégénérative la plus courante qui soit. A ce jour, 850 000 personnes en seraient en atteintes en France, selon l’Assurance maladie. La fréquence de cette pathologie augmente avec l’âge. Après 65 ans, elle concerne environ deux fois plus de femmes que d’hommes. Après 80 ans, elle touche 15% de la population. Et, en raison du vieillissement de la population, une hausse des cas est à attendre. Selon les pronostics de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le nombre de malades devrait presque doubler tous les 20 ans.
Si aucun traitement ne permet à l’heure actuelle de stopper la maladie, il est prouvé depuis longtemps que les activités sociales, sensorielles et intellectuelles permettent de ralentir la progression des symptômes. C’est ce qu’on appelle la « réserve cognitive » : la capacité du cerveau à mobiliser des ressources pour compenser. Selon une étude française publiée le 19 septembre dans la revue iScience, dix jours dans un environnement stimulant suffiraient à préserver la mémoire de manière durable chez des souris atteintes de démence.
Pour leurs recherches, les scientifiques ont travaillé sur des souris porteuses d’une mutation génétique les prédestinant à développer la maladie d’Alzheimer. Ils ont ainsi pu constater que les souris soumises à un environnement riche réussissaient mieux les tests de mémoire spatiale et sociale.
« Les souris remarquaient que des objets avaient été déplacés. Et dans les tests de mémoire sociale, elles étaient capables de reconnaître leurs congénères », explique Laure Verret, maîtresse de conférences à l'Université de Toulouse, en charge de l’étude. À contrario, les souris malades vivant dans des cages standard n’ont montré aucune amélioration des symptômes.
En analysant le cerveau des souris dont l’état s’était amélioré, les chercheurs ont observé des changements précis dans l’hippocampe, la région cérébrale clé pour la mémoire. Les neurones produisant la protéine parvalbumine et leurs filets périneuronaux se réorganisaient pour permettre un meilleur ancrage des souvenirs.
« On savait déjà qu’un environnement stimulant – un grand espace à explorer, riche en sollicitations sensorielles et sociales – pouvait améliorer la mémoire. Ce que nous montrons ici, c’est que seulement dix jours suffisent pour obtenir cet effet, et surtout qu’il se maintient plusieurs semaines après », détaille Laure Verret.
« Lorsqu’on est soumis à des nouvelles expériences, de nouvelles stimulations, et que l’on apprend quelque chose, nos neurones réorganisent leurs connexions entre eux : c’est la plasticité cérébrale. Les filets périneuronaux interviennent dans ce processus en 'fermant' une phase d’apprentissage lorsqu’ils forment une toile autour des neurones à parvalbumine », renchérit le CNRS Occitanie-Ouest.
Pour confirmer ces données, les scientifiques ont injecté une molécule aux souris empêchant la formation de filets périneuronaux pendant la période d’enrichissement environnemental. Résultat : « les souris ne montraient plus d’amélioration de leur mémoire. À l’inverse, lorsque nous leur avons injecté un facteur de croissance connu pour stimuler ces réseaux, leur mémoire leur revenait », explique Guillaume Bouisset, postdoctorant et premier auteur de l'étude.
Ainsi, renforcer les stimulations sensorielles et sociales chez les personnes âgées ou fabriquer des médicaments capables de reproduire ces effets pourrait servir d’approche thérapeutique à Alzheimer.
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