2025-08-24

Deux nouvelles études confirment le lien entre les médicaments amaigrissants comme Ozempic et la perte soudaine de la vue


Ces traitements injectables, conçus à l’origine pour réguler la glycémie, séduisent désormais un large public en quête de minceur. Mais leur effet sur la microcirculation oculaire soulève un débat scientifique inattendu.

Depuis plusieurs années, la perte de poids rapide est devenue un objectif largement valorisé, bien au-delà des enjeux médicaux. Dans ce contexte, certains traitements initialement développés pour le diabète ont connu une ascension fulgurante, jusqu’à devenir des produits de tendance. Parmi eux, le semaglutide s’est imposé comme une solution miracle pour de nombreux patients. Mais derrière cette réussite, une alerte inattendue commence à se dessiner, touchant un organe bien plus fragile qu’on ne l’imagine.

Une molécule vedette dans le traitement de l’obésité

Cela fait maintenant quelques années que le semaglutide s’est imposé comme un acteur central dans la prise en charge du diabète de type 2 et de l’obésité. Commercialisé sous les noms d’OzempicWegovy ou encore Rybelsus, ce médicament imite une hormone intestinale appelée GLP-1, régulant la glycémie et la sensation de satiété. Résultat, une perte de poids souvent significative, accompagnée d’une amélioration de la santé métabolique.

Ce succès médical, doublé d’une popularité fulgurante sur les réseaux sociaux, n’est pourtant pas exempt de zones d’ombre. Des chercheurs s’inquiètent désormais de possibles effets indésirables sur la santé visuelle. Ils évoquent notamment une pathologie rare mais sévère, appelée neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique. Cette affection, parfois surnommée “AVC de l’œil”, inquiète en raison de sa gravité.

Cette affection survient lorsqu’un apport sanguin insuffisant endommage de manière brutale le nerf optique. Les symptômes apparaissent sans douleur et provoquent une perte de vision rapide, souvent irréversible. La rareté de cette pathologie – quelques cas pour 100 000 personnes – n’a pas empêché les autorités sanitaires européennes d’agir. En juin 2025, l’Agence européenne des médicaments a classé la NAION parmi les effets secondaires “très rares” du semaglutide, en recommandant l’arrêt immédiat du traitement en cas de symptôme visuel soudain.

Des alertes ophtalmiques liées au semaglutide

Les premiers signaux d’alerte sont venus d’une étude clinique menée au Massachusetts Eye and Ear Hospital entre 2017 et 2023. En comparant deux groupes de patients diabétiques ou obèses – l’un sous semaglutide, l’autre non –, les chercheurs ont constaté une incidence bien plus élevée de NAION chez les personnes exposées à ce médicament. Le risque serait multiplié par 4 chez les diabétiques, et par plus de 7 chez les patients obèses prenant du semaglutide, selon les données publiées dans JAMA Ophthalmology en juillet 2024.

Bien que cette étude ne démontre pas un lien de cause à effet, sa rigueur méthodologique et son ampleur (plus de 16 000 patients analysés) ont marqué les esprits. Elle rejoint un constat plus large. Les médicaments de type GLP-1, dont fait partie le semaglutide, semblent avoir une influence encore mal comprise sur le nerf optique.

En parallèle, une étude du Karolinska Institutet et de l’Université de Melbourne a confirmé que même si la probabilité de développer une NAION restait très faible (0,04% des patients suivis), elle était légèrement plus élevée que dans la population témoin. Ces chercheurs rappellent toutefois que le diabète en lui-même est un facteur de risque indépendant de cette pathologie, ce qui complique l’analyse.

À ce sujet, une méta-analyse antérieure publiée dans PLOS ONE en 2013 avait déjà établi une corrélation entre diabète et NAION, avec un risque accru de 64%. Ce lien pourrait donc s’exacerber en présence de traitements provoquant des variations rapides du taux de sucre dans le sang, comme le semaglutide.

Peser les bénéfices face aux effets secondaires

Pour les médecins, le dilemme est clair. Faut-il renoncer à une molécule efficace, qui réduit les risques de maladies cardiovasculaires et de décès, au nom d’un effet indésirable rarissime ? La réponse dépend du profil de chaque patient. Ceux souffrant d’apnée du sommeil, d’hypertension artérielle ou d’antécédents de troubles visuels doivent être surveillés de près. Une morphologie particulière du nerf optique, appelée disque optique "crowded", pourrait également augmenter le risque.

Le suivi ophtalmologique régulier devient donc essentiel pour tout patient sous traitement GLP-1, particulièrement ceux à risque. Informer l’ophtalmologiste de la prise de semaglutide permet d’adapter la surveillance et de détecter précocement d’éventuels signes avant-coureurs.

Certaines études en cours visent à mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques à l’œuvre. L’une d’elles, mentionnée par The Conversation, suit 1 500 patients sur cinq ans pour évaluer précisément l’impact du semaglutide sur la rétine et le nerf optique.

Si la vigilance s’impose, le consensus actuel appelle à ne pas céder à la panique. Dans la majorité des cas, les bénéfices du semaglutide dépassent largement ses inconvénients. Mais ce nouvel éclairage rappelle que même les traitements les plus prometteurs doivent faire l’objet d’une évaluation continue, attentive aux signaux faibles, aussi "rares" soient-ils.


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